Kinshasa, 3 avril 2026 (ACP).-Fait bénin certes, mais qui doit attirer l’attention du public : les porteurs de cheveux blancs seraient soupçonnés des sorciers à Kinshasa ! Mais quelle est la réalité ?
Autrefois couronnés d’estime, de gloire et, symboles de sagesse, les cheveux blancs sont devenus sous les tropiques de la méfiance, un stigmate dangereux voir suspect.
Dans une société où l’irrationnel gagne du terrain, la canitie –ce blanchiment naturel de la chevelure en RDC et, plus particulièrement à Kinshasa —est de plus en plus associé à la sorcellerie par une jeunesse en perte de vitesse et de repères.
Un glissement sémantique et social qui pousse désormais les anciens (aînés) à un geste radical : le rasoir pour survivre du moins à l’aise.
« Le mode M’zee Kabila »
Pour échapper aux moqueries (agaceries), mieux aux index pointés et surtout aux menaces physiques, « les Séniors » ont choisi la clandestinité capillaire ( le Yombo) .
Se raser complètement la tête est devenu un bouclier mieux la mode actuelle. Ce style, aujourd’hui classique et en vogue à Kinshasa, a trouvé sa légitimité historique , en tout cas, avec l’arrivée de Laurent- Désire Kabila en 1997. » Le M’zee lui-même arborant un crâne rasé de près, a involontairement imposé une esthétique qui permettait de gommer les insignes de l’âge.
Pour Roger Nyamulolo, directeur de l’audit interne à l’ Agence Congolaise de Presse (ACP) et qui a vécu une certaine époque, le soldat, selon lui, devrait se raser complètement pour bien enfoncer son béret de militaire sur la tête et bien se présenter à la parade, un modèle bien admiré et qui a disparu…A l’heure qu’il est, le style est devenu une stratégie de camouflage pour les aînés craignant d’être traité d' »Oiseau de nuit »(hibou).
L’ignorance face à la biologie
Pourtant, la science est formelle et Implacable : le cheveux blanc est processus naturel, une simple chute de mélanine que le temps impose à chaqu’être humain, homme ou femme .
Le drame de cette stigmatisation réside dans son absurdité et dans son incompréhension surtout particulière ment lorsque l’on observe ces jeunes gens et filles qui, à peine la trentaine entamée, voient déjà leurs tempes grisonner. Sont-ils sorciers avant l’heure ? Non ils sont simplement le reflet d’une génétique ou d’un stress que la jeunesse actuelle semble ignorer.
Des contrastes de luxe avec l’Occident
Le contraste avec d’autres cieux est saisissant. Là où l’Occident voit dans » le poivre et le sel »une marque d’élégance, de distinction et d’expérience , une certaine opinion kinoise y voit un maléfice. En Europe ou en Amérique, les cheveux blancs sont admirés, soignés et portés comme un triomphe de vie ; chez-nous, à Kinshasa, on les cache comme une faute.
En se moquant de leurs aînés, nos jeunes oublient une loi fondamentale de la nature : ils sont les vieillards de demain . Insulter ou dénigrer un cheveu blanc et sa barbe blanche, c’est insulter son propre futur.
« Réhabiliter la couronne »d’argent.
Il est peut-être temps de restaurer le contrat social entre les générations. L’homme aux cheveux blancs n’est pas une menace ; il est plutôt une bibliothèque qui s’illumine..
Admirer ces personnes , c’est respecter la lignée et l’histoire. La sorcellerie ne se niche pas dans la couleur d’une mèche mais dans le coeur de celui qui juge sans le savoir.
En finir avec le rasoir par peur , c’est permettre à nos sages de marcher tête haute, » leur couronne d’argent, » brillant enfin sous le soleil de la considération et non sous l’ombre de la calomnie.
Églises de réveil: des troubles-fetes
Les Églises de
réveil demeurent des troubles-fetes qui viennent empoisonner le tout. Certains discours religieux distillés ,enveniment le climat de paix à côté de ceux qui ont vécu le temps dans cette rupture générationnelle. Les Églises importent des rôles ambigus. Dans cette traque aux porteurs des cheveux blancs, sous couvert de » délivrance » et de « combat spirituel » de nombreux prédicateurs ont transformé le cadre familial en champ de bataille . En désignant systématiquement le plus âgé de la lignée comme source des blocages financiers ou de chance et autres lnfécondité des plus jeunes, ces Églises ont jeté l’opprobre sur la vieillesse. Le cheveu blanc , autrefois respecté comme signe de bénédiction, est devenu derrière certains micros le « marqueur du hibou ». On ne compte plus les témoignages de vieillards chassés de leurs foyers ou humiliés publiquement lors des séances d’exorcisme ou de deuils familiaux , simplement parce que leur physionomie répondait aux clichés du » sorcier »véhiculés par une certaine rhétorique.
Il serait plus qu’urgent que les leaders d’opinion et les bergers spirituels ramènent la raison au centre du village.
La sorcellerie n’a pas la couleur du cheveux et la piété ne devrait jamais conduire au mépris de ses propres racines. Tant que les cheveux blancs sur la tête seront perçus comme une bibliothèque de vie, Kinshasa ,la métropole , se privera de la boussole de ses sages, sacrifiés sur l’autel de l’ignorance et de la peur.
ACP/C.L.

