Kinshasa, 27 avril 2026 (ACP).-A Kinshasa, organiser des funérailles est devenu un véritable fardeau financier insupportable pour de nombreuses familles, transformant le deuil en » luxe » hors de portée.
Cette situation est exacerbée par des pressions sociales, l’inflation et le coût élevé des prestations funéraires.
En effet, entre l’achat du cercueil, la location de la salle et les exigences du protocole social, enterrer un proche à Kinshasa est devenu un parcours du combattant financier.
Ce qui devrait être un temps de recueillement, se transforme désormais en un gouffre de *dettes*, où la dignité des morts semble se mesurer à l’épaisseur du portefeuille des vivants.
Enquête sur un phénomène où la pression sociale l’emporte souvent sur la douleur
L’engrenage financier : un inventaire à la Prévert .
Le calvaire débute souvent dès le seuil de l’hôpital. La famille, déjà éprouvée, se retrouve face à une liste ou chapelet de dépenses faramineuses qui ressemble à un inventaire d’un magasin sans fin.
Pour un ménage kinois moyen, la facture totale peut rapidement grimper à plusieurs milliers de dollars, selon le prestige recherché. On ne sait littéralement par où commencer ! :*La morgue et la conservation*. Les frais journaliers s’accumulent, poussant les familles à presser l’organisation de l’inhumation, alors que les liquidités manquent…Le » dernier repos » à prix d’or : entre l’achat du cercueil et la concession au cimetière —dont les prix s’envolent pour atteindre des sommes astronomiques dans les sites prisés — le sol kinois se monnaye chèrement.
La » logistique du paraître » : Location de la salle VIP , sonorisation, traiteur, et parfois même des escortes stylées. Tout est fait pour transformer la douleur en un spectacle, au point d’en perdre le sens du sacré. » Lors d’un deuil organisé récemment à Binza-Ozone, dans la commune de Ngaliema, un notable a révélé : » lorsqu’une personne pleure beaucoup, cela signifierait qu’il n’a rien dans son porte-monnaie pour enterrer le disparu ». Mais cela s’avère presqu’exact puisque » Kinshasa brûle », rajoutait un journaliste de la télévision nationale.
Le tribunal familial : Quand le deuil divise
Au-delà des dollars, c’est le choc des volontés qui épuise les vivants. Les réunions de famille tournent souvent au tribunal provoquant un étourdissement total chez les organisateurs. Les tiraillements entre les membres de la famille éclatent : entre ceux qui prônent la sobriété et ceux qui exigent un » deuil digne » -souvent synonyme d’ostentation pour sauver les apparences; le dialogue se brise. On assiste alors à un endettement sauvage.
Pour ne pas » faire honte » au nom de la famille ou du défunt, on contracte des emprunts de dernière minute à des taux usuriers. Conséquence : le résultat est souvent tragique : une veuve et des orphelins se retrouvent non seulement endeuillés, mais ruinés avant même d’avoir fini de pleurer.
A Kinshasa, ce qui est certain est qu’on ne pleure pas seulement son mort, on pleure aussi les dettes contractées pour l’enterrer.
Vers une réforme des mentalités
Face à cette dérive totalitaire, des voix s’élèvent pour dénoncer une » théâtralisation » de la mort au détriment de la survie des foyers.
Il y aussi un autre phénomène scandaleux à Kinshasa, les gens, selon eux, ne meurent pas par la volonté de Dieu, ils sont ensorcelés. Et ce sont les hommes du troisième âge qui sont pointés abusivement de sorciers. Quant aux intellectuels, dans la famille, généralement ils sont traités de partisans de loges maçonniques. Ils sont aussi soupçonnés de tueurs.
Si les autorités tentent parfois de réguler les tarifs des prestations funéraires, le vrai défi reste culturel. Tant que l’honneur d’une famille se mesurera à la démesure d’une veillée funèbre, le deuil à Kinshasa restera ce calvaire insupportable qui sacrifie l’avenir des vivants sur l’autel des apparences.
ACP/C.L.

