Kinshasa, 6 août 2026(ACP).- Perchée majestueusement au-dessus du fleuve Congo, la commune de Ngaliema est une des « terres symboliques », dans les annales d’histoire de la République démocratique du Congo (RDC).
Dans l’exercice du pouvoir, c’est une commune où se prennent de grandes décisions d’État lors des conseils de ministres, c’est même une vitrine institutionnelle de la capitale du pays.
Pourtant, derrière la magnificence de sa colline, elle offre le visage d’un paradoxe urbain où son prestige historique côtoie au quotidien des défis majeurs urgents des habitants.
Du Chef coutumier Ngaliema, de qui cette municipalité tire son nom, à la cité moderne, l’histoire
de Ngaliema est indissociable de la naissance de Kinshasa.
C’est sur cette colline qui abritait autrefois le bureau de M.Léon Petillon, premier ancien Gouverneur général du Congo Belge à Léopoldville que l’explorateur Britannique Henry Morton Stanley rencontra le Chef Ngaliema. Ce dernier, originaire de la rive droite du fleuve (Congo-Brazzaville), s’était installé sur ce site stratégique après avoir prévalu sur le chef terrien Lingwala. La colline, d’abord baptisée Mont-Stanley, prendra plus tard le nom de Mont-Ngaliema à la faveur de la politique de recours à l’authenticité.
Officiellement créée le 12 octobre 1957 par l’arrêté n° 21/419 du Gouverneur de la province de Léopoldville, la municipalité s’étend sur 224,30 km², ce qui en fait l’une des plus vastes de la capitale aux côtés du trio Maluku, Nsele, Kimbanseke et de son voisin immédiat Mont-Ngafula.
À sa création, la commune a été administrée par le Belge René Werry (1958-1960). Dès l’indépendance en 1960, Alphonse-Marie Paulusi Kabongo Mayindu en devient le tout premier bourgmestre congolais. C’est lui qui déplacera le siège administratif vers son emplacement actuel, dans les locaux qui avaient abrité la toute première maternité des Sœurs religieuses de Léopoldville(Kinshasa) transformée en hôpital général. Il sera plus tard ramené dans la commune de la Gombe sous le nom de «Clinique Ngaliema».
Bordée au nord par le fleuve Congo face à Brazzaville, et jouxtant les communes de la Gombe, Kintambo, Bandalungwa, Selembao et Mont-Ngafula, Ngaliema s’appuie sur une hydrographie d’une grande richesse. Outre le fleuve, son territoire est traversé par de nombreuses rivières, notamment la Binza, la Mapenza, la Makelele, la Basoko, la Gombe et la Mangungu, arrosant une population estimée à plus de 738 000 habitants selon le dernier recensement de 2018.
Paradoxe des infrastructures
C’est précisément au cœur de ce cadre d’exception que se révèlent les contrastes les plus saisissants. Traverse maîtresse reliant Kinshasa à la province du Kongo Central, la grande artère principale (anciennement M’zee Laurent-Désiré Kabila et aujourd’hui, Route de Matadi) subit une forte pression routière.
Les embouteillages récurrents et la dégradation de la chaussée perturbent quotidiennement la mobilité des riverains.
Lors de l’inauguration de l’école locale Liloba, l’état critique de cet axe avait directement retenu l’attention du Président de la République, qui avait alors ordonné, sur le champ, des travaux de réhabilitation d’urgence. Près d’un an plus tard, sur le tronçon reliant Gramalic au Centre supérieur militaire de l’Ozone, les attentes restent vives sur le terrain pour voir les engins finaliser les aménagements attendus avant les grandes pluies qui s’annoncent.
Le constat s’étend également à la cité des Anciens Combattants, historiquement appelée « Roi Baudouin » en souvenir du passage du souverain belge à l’époque coloniale. Ce quartier emblématique fait face à un enclavement routier prononcé, les projets successifs de rénovation n’ayant pas encore concrétisé l’amélioration durable des voies secondaires.
En fait, c’est un tableau de contradictions saisissant presque irréel. D’un côté des convois de grandes personnalités aux véhicules pimpants neufs vitres teintées avec des résidences haut standing, de l’autre, le quotidien rugueux d’une population locale confrontée notamment à une dégradation des infrastructures routières notamment qui ternissent l’image de cette «commune présidentielle».
Les villas luxueuses et les immeubles modernes à hauteur vertigineuse poussent comme des champignons, dessinant un décor de prospérité ostentatoire. Mais, il suffit d’un regard au sol pour que la réalité rattrape le décor, avec des maisons proches des taudis.
Une voirie à l’agonie
Les artères secondaires censées desservir le quartier névralgique de la Cité des Anciens Combattants, ne sont plus que des successions de crevasses et de cratères. En saison de pluies, ces axes se changent en marécages impraticables ; en saison sèche, comme c’est le cas à l’heure actuelle, une poussière suffocante enrobe les façades des demeures millionnaires sans oublier les règnes des immondices.
A quelques mètres seulement des enceintes sécurisées, la gestion des déchets brille par son absence. Des montagnes d’ordures ménagères jonchent les coins de rue, exaltant des odeurs nauséabondes sous une chaleur moite. Heureusement que le Service national (SN) avec sa brigade de Kanyama Kasese est venue prêtée mains fortes pour se lancer dans la bataille pour dégager plusieurs tas d’immondices.
Des canalisations saturées et un marché fantôme
Les caniveaux, censés évacuer les eaux de pluie, sont bouchés par des bouteilles plastiques et de la boue séchée. Résultat : à la moindre averse les eaux usées débordent sur la chaussée, disputant l’espace aux véhicules de luxe.
Pour s’approvisionner, les habitants de Ngaliema doivent composer avec un marché central qui n’est que de nom, sans infrastructures adéquates : pas de chambres froides ni d’étales salubres. Le commerce des vivres se fait à même le sol, dans des conditions d’hygiène précaires, au milieu des mouches et des résidus de marchandises.
Au marché des Anciens Combattants, l’activité économique bat son plein chaque jour; mais dans des conditions logistiques non requises. L’absence d’infrastructures sanitaires adaptées et la gestion des résidus urbains constituent des priorités sanitaires majeures, particulièrement à l’approche de la saison des pluies torrentielles.
Sur le plan des services de base, le contraste s’avère tout aussi révélateur. Plusieurs quartiers font face à des délestages électriques et à des coupures d’eau potable intermittentes.
Entre son héritage historique de premier plan et les réalités de la vie quotidienne, marquées par des défis techniques à relever pour le confort de ses habitants, la commune de Ngaliema incarne toute la complexité entre ses vestiges historiques et l’ambition de sa modernisation, et de par elle, celle de la ville de Kinshasa. Les regards des habitants restent désormais tournés vers les décideurs publics pour transformer ces défis en opportunités de développement durable. ACP/

