Association sans but lucratif « Alternatives Mazingira », ALMAZ asbl Al Mazingira : Former la conscience par le savoir. Uranium ou pétrole : quoi laisser sous le sol ?

Introduction
Le 5 juin 2026, la République démocratique du Congo (RDC) a célébré la 53ᵉ Journée mondiale
de l’environnement (JME). Le thème mondial, « Action climat », a été décliné en RDC sous le
slogan « Préserver les écosystèmes », rappelant l’urgence de protéger le patrimoine naturel face
aux effets croissants des changements climatiques.

Quelques semaines plus tard, le 30 juin 2026, la RDC commémore le 66ᵉ anniversaire de son
indépendance dans un contexte marqué par des défis persistants de paix, de sécurité, de
gouvernance et de développement, mais aussi par de profondes mutations de l’ordre géopolitique
mondial. Les tensions autour des ressources stratégiques, la transition énergétique, les
préoccupations liées à la sécurité internationale et les exigences de la justice climatique placent
désormais les pays riches en ressources naturelles au cœur des nouveaux équilibres mondiaux.
C’est dans ce contexte qu’Alternatives Mazingira inaugure sa première fiche d’analyse consacrée
à une question aussi simple qu’essentielle : « Uranium ou pétrole : quoi laisser sous le sol ? »
Cette interrogation dépasse le seul choix entre deux ressources énergétiques. Elle met en lumière
les contradictions des politiques internationales relatives au climat, à la sécurité énergétique, à la
non-prolifération nucléaire et à la souveraineté des États sur leurs ressources naturelles. Elle invite
également à réfléchir à la place de la RDC dans un monde où les impératifs environnementaux,
économiques et géopolitiques s’entrecroisent souvent de manière contradictoire.
Contexte
La lutte contre les changements climatiques appelle à une réduction substantielle des émissions de
gaz à effet de serre (GES), à la protection des écosystèmes et à une transition vers des systèmes
énergétiques plus durables. Les négociations internationales sur le climat, notamment dans le cadre
de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC),
encouragent les États à accélérer cette transition tout en veillant à ce qu’elle soit juste et équitable.
Dans le même temps, l’année 2026 a rappelé que les considérations géopolitiques continuent de
peser lourdement sur les politiques énergétiques mondiales. Les tensions autour du programme
nucléaire iranien, les débats sur l’application du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires
(TNP), ainsi que les risques de perturbation du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz, par lequel
transite une part importante du commerce mondial de pétrole, illustrent la fragilité des équilibres
internationaux.

Ces événements révèlent un paradoxe. D’un côté, la communauté internationale encourage la
réduction progressive de la dépendance aux combustibles fossiles afin de limiter le réchauffement
climatique. De l’autre, la sécurité des approvisionnements pétroliers demeure une préoccupation
stratégique majeure pour les grandes puissances.


Un autre paradoxe concerne l’énergie nucléaire. Présentée par plusieurs États comme une source
d’électricité à faibles émissions de carbone susceptible d’accompagner la transition énergétique,
elle soulève néanmoins des défis liés à la sûreté des installations, à la gestion des déchets
radioactifs, à la prolifération nucléaire ainsi qu’aux impacts environnementaux et sociaux de
l’exploitation de l’uranium. Il convient, à cet égard, de distinguer clairement les usages civils de
l’uranium destinés à la production d’électricité des programmes militaires, même si ces deux
dimensions demeurent étroitement liées sur les plans stratégique et géopolitique.


Dans ce contexte international complexe, la République démocratique du Congo est souvent
présentée comme un « pays solution ». Son immense forêt tropicale, deuxième massif forestier de
la planète après l’Amazonie, ses abondantes ressources en eau, sa biodiversité exceptionnelle ainsi
que ses importantes réserves de minerais critiques indispensables à la transition énergétique
mondiale lui confèrent une responsabilité et une place particulières dans les débats internationaux
sur le climat et le développement durable.


Pourtant, cette reconnaissance internationale contraste avec la réalité vécue par les populations
congolaises. Depuis plusieurs décennies, les conflits armés, l’exploitation illicite des ressources
naturelles, la faiblesse de la gouvernance et les rivalités géopolitiques continuent de compromettre
les perspectives d’un développement durable et souverain. Alors même que la communauté
internationale attend de la RDC qu’elle préserve ses forêts, ses tourbières et sa biodiversité au
bénéfice de l’humanité, les Congolais peinent encore à bénéficier pleinement des richesses de leur
propre territoire.


Cette situation pose une question fondamentale de justice internationale : comment concilier les
impératifs mondiaux de protection du climat avec le droit souverain d’un peuple à utiliser ses
ressources naturelles pour assurer son développement économique, social et humain ?
Enjeux mondiaux, intérêts controversés
La gouvernance mondiale de l’énergie est aujourd’hui traversée par deux impératifs qui semblent
parfois contradictoires : lutter contre les changements climatiques et garantir la sécurité des
approvisionnements énergétiques. À cela s’ajoute une troisième exigence, celle de prévenir la
prolifération des armes nucléaires afin de préserver la paix et la sécurité internationales.
Les tensions géopolitiques observées au cours du premier semestre 2026 illustrent cette
complexité. Les débats autour du programme nucléaire iranien ont remis au premier plan
l’application du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP), tandis que les risques
de fermeture du détroit d’Ormuz ont rappelé la dépendance persistante de l’économie mondiale aux
hydrocarbures. Malgré les engagements pris dans le cadre de l’Accord de Paris et les appels
croissants à sortir progressivement des combustibles fossiles, le pétrole demeure un facteur
déterminant de stabilité économique et stratégique pour de nombreux États.

Dans le même temps, plusieurs pays relancent leurs programmes nucléaires civils afin de renforcer
leur sécurité énergétique et de réduire leurs émissions de carbone. Cette évolution accroît la
demande mondiale d’uranium et renforce l’intérêt géostratégique des pays producteurs ou
détenteurs de réserves importantes.
Ces réalités traduisent une tension fondamentale : les mêmes États qui appellent à limiter
l’exploitation de certaines ressources fossiles poursuivent simultanément une politique active de
sécurisation de leurs approvisionnements en minerais stratégiques, en uranium et en autres
ressources indispensables à leur compétitivité économique et technologique.
Pour la République démocratique du Congo, cette situation est lourde de conséquences. Souvent
qualifiée de « pays solution » en raison de son rôle potentiel dans la lutte contre les changements
climatiques, la RDC demeure confrontée à une insécurité chronique dans sa partie orientale, où les
conflits armés s’entremêlent aux rivalités économiques autour des minerais stratégiques. Cette
contradiction nourrit le sentiment que les ressources naturelles de la RDC continuent davantage de
servir les intérêts géopolitiques mondiaux que les aspirations légitimes de sa population au
développement, à la paix et à la prospérité.
Cette réalité interroge également la cohérence des politiques internationales. Au nom de la
protection des forêts tropicales, des tourbières ou de la biodiversité, la RDC est parfois invitée à
renoncer à l’exploitation de certaines ressources pétrolières. Dans le même temps, la demande
mondiale en minerais critiques et en ressources énergétiques ne cesse de croître afin d’alimenter
les économies industrielles et la transition énergétique.
Cette situation soulève une question essentielle de justice climatique : les pays riches en ressources
naturelles doivent-ils supporter seuls le coût des biens publics mondiaux que représentent les
forêts, la biodiversité ou le stockage du carbone, sans bénéficier de compensations suffisantes ni
d’un accès équitable aux bénéfices du développement ?
Elle renvoie également au principe de souveraineté permanente des peuples sur leurs
ressources naturelles, consacré par le droit international. Ce principe reconnaît que chaque État
demeure libre de déterminer les modalités d’exploitation de ses ressources, sous réserve du respect
des obligations internationales relatives à l’environnement, aux droits humains et au
développement durable.
La RDC a, pour sa part, adhéré à plusieurs instruments internationaux majeurs, notamment le
Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP), le Traité de Pelindaba instituant une
Afrique exempte d’armes nucléaires, ainsi que le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires
(TIAN). En respectant ces engagements, elle contribue à la sécurité collective internationale.
Cependant, cette adhésion appelle une réciprocité. La crédibilité du régime international de nonprolifération dépend de son application équitable à tous les États, sans sélectivité politique ni
logique de rapports de force. De même, la crédibilité de la gouvernance climatique suppose que
les efforts demandés aux pays en développement s’accompagnent d’un véritable partenariat fondé
sur la solidarité, le financement climatique, le transfert de technologies et le respect de leur
souveraineté.

Au-delà des discours, le véritable défi consiste donc à construire une gouvernance internationale
cohérente, dans laquelle les exigences de sécurité, de climat et de développement ne s’opposent
pas, mais se renforcent mutuellement.
Réflexions : quelle cohérence pour la gouvernance mondiale ?
Au-delà de l’opposition apparente entre le pétrole et l’uranium, le véritable enjeu est celui de la
cohérence des politiques internationales. Les crises contemporaines montrent que les choix
énergétiques ne sont jamais uniquement techniques ou économiques ; ils sont aussi profondément
politiques, géostratégiques et éthiques.
Lorsque les règles internationales apparaissent comme variables selon les intérêts des plus
puissants, elles fragilisent la confiance dans le multilatéralisme. L’application sélective de certains
principes, qu’il s’agisse de la non-prolifération nucléaire, de la lutte contre les changements
climatiques ou de l’exploitation des ressources naturelles, alimente le sentiment d’une justice
internationale à plusieurs vitesses.
L’histoire de la République démocratique du Congo illustre cette réalité. L’uranium de
Shinkolobwe a contribué au Projet Manhattan, qui a conduit à la fabrication des premières armes
nucléaires. Cette contribution, longtemps passée sous silence, rappelle que les ressources
africaines ont participé à la construction de l’ordre stratégique mondial, sans que les populations
concernées n’en retirent des bénéfices proportionnels ni qu’elles aient été pleinement associées aux
décisions qui engageaient leur avenir.
Aujourd’hui encore, les ressources stratégiques africaines occupent une place centrale dans les
chaînes d’approvisionnement mondiales. Uranium, cobalt, cuivre, lithium, coltan, manganèse ou
terres rares sont devenus indispensables tant à la transition énergétique qu’à la révolution
numérique et aux industries de défense. Cette nouvelle géographie des ressources impose une
réflexion renouvelée sur les rapports entre souveraineté, développement et responsabilité
internationale.
Dans cette perspective, le Consentement libre, informé et préalable (CLIP) des communautés
concernées, reconnu par les normes internationales relatives aux droits des peuples autochtones,
devrait inspirer toute politique d’exploitation des ressources naturelles. De même, la transparence,
la bonne gouvernance, le partage équitable des bénéfices et la protection de l’environnement
doivent devenir des conditions essentielles d’une exploitation responsable.
Pour la RDC, le défi ne consiste donc pas uniquement à choisir entre exploiter ou non le pétrole
ou l’uranium. Il consiste surtout à définir une stratégie nationale capable de concilier la
souveraineté sur les ressources naturelles, les impératifs de protection de l’environnement, les
besoins de développement économique et les responsabilités internationales du pays.
Conclusion
La question « Uranium ou pétrole : quoi laisser sous le sol ? » ne peut recevoir une réponse
simple ou universelle. Elle renvoie à un choix de société, mais aussi à un choix de gouvernance
mondiale.

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