Kinshasa, 13 mars 2026 (ACP) –Un appel à la vérification et à la réflexion profonde face à la prétendue disparition mystérieuse d’organes génitaux dans le Grand Katanga, région située dans le sud-est de la République démocratique du Congo (RDC), a été lancé vendredi par expert en histoire contemporaine du Katanga, lors d’un échange avec l’ACP.
« Jeunesse du Katanga, souvenez-vous de cette vérité simple : la rumeur est souvent plus dangereuse que le phénomène qu’elle prétend dénoncer. Avant d’accuser, vérifiez. Avant de frapper, réfléchissez. Avant de condamner, cherchez la vérité. Car la civilisation commence là où la justice remplace la vengeance. », a déclaré Félix Kiluya, expert en histoire contemporaine du Katanga.
« Notre région a traversé des guerres, des crises et des épreuves. Elle ne doit pas être détruite par la désinformation et la violence populaire. Que chacun fasse preuve de vigilance, mais aussi de responsabilité. Si des organes génitaux disparaissaient réellement de manière mystérieuse, les hôpitaux devraient être remplis de victimes. Les médecins devraient publier des rapports. Des dossiers médicaux devraient exister. Des opérations chirurgicales devraient être documentées. Or, jusqu’à présent, aucune documentation médicale sérieuse n’a confirmé l’existence d’un phénomène réel de vol d’organes génitaux dans les villes concernées. », a-t-il ajouté.
D’après lui, l’histoire du Katanga est riche, profonde et souvent entourée de mythes que seule une recherche sérieuse peut éclairer.
« Pour comprendre ce qui se passe aujourd’hui, il faut replacer ce phénomène dans une longue histoire de mythes sociaux qui ont traversé le Katanga depuis plusieurs décennies. Dans les années 70 et 80 déjà, les villes du Katanga étaient secouées par une affaire mystérieuse : celle de Kapinga Marie-Thérèse. Des générations d’élèves racontaient qu’un esprit hantait les écoles catholiques de Lubumbashi, Likasi et Kolwezi. », a-t-il souligné.
Et de poursuivre : « On parlait d’une femme morte dans des circonstances tragiques, qui revenait réclamer justice. Des élèves affirmaient que des craies écrivaient seules sur les tableaux. Des préfets d’écoles suspendaient les cours par peur de troubles. Pourtant, malgré des milliers de témoignages, aucune preuve tangible ne fut jamais produite. Aucun document scientifique, aucun rapport médical, aucune observation rigoureuse ne confirma l’existence réelle de ce phénomène. »
F. Kiluya a en outre précisé que vers les années 90, une autre rumeur parcourut les quartiers populaires : celle de « Mutombo Love ». Là encore, les récits se multipliaient.
« Certains affirmaient qu’un homme mystérieux ensorcelait des femmes ou disparaissait dans la nuit. Les histoires circulaient dans les taxis et les marchés. Mais, une fois encore, aucune victime clairement identifiée, aucun dossier judiciaire solide ne permit de confirmer ces faits », a-t-il commenté.
ces épisodes ont commune leçon fondamentale en histoire sociale : « les sociétés humaines produisent régulièrement des rumeurs collectives qui se transforment en véritables crises de panique ».
ACP/ C.L.

