Cuba : la construction culturelle afro-cubaine marquée par la présence des peuples bantu

Kinshasa, 23 mars 2026 (ACP). – La présence des populations bantu, originaires d’Afrique centrale, particulièrement de la République démocratique du Congo, a fortement marqué l’histoire et la culture de Cuba durant la période de la traite négrière, a appris l’ACP lundi, d’un chercheur en histoire et anthropologie socioculturelle des Noirs des Amériques.

« La présence des Bantu à Cuba constitue un élément central dans la compréhension de l’histoire et de l’identité culturelle de cette île », a déclaré Arsène Francoeur Nganga, chercheur en histoire et anthropologie socioculturelle des Noirs des Amériques.

Selon lui, plusieurs travaux historiques ont montré que la majorité des esclaves déportés vers Cuba provenait des régions d’Afrique centrale, notamment du bassin du Congo, avec une forte représentation des groupes ethnolinguistiques bantu comme les Kongo, Kakongo, Mayombe et Loango.

« Les données historiques démontrent une prédominance claire des populations bantu dans la formation des communautés afro-cubaines », a-t-il précisé.

Des études menées par Rafael Duarte Jiménez et Zoe Crémé Ramos, notamment dans la région de Santiago de Cuba, confirment cette réalité à travers l’analyse des registres et des classifications ethnolinguistiques.

« Cette présence s’est intensifiée entre 1763 et 1838, avec le développement de l’industrie sucrière dans plusieurs régions du pays, notamment à Cienfuegos, Matanzas et Santa Clara. Même après l’interdiction officielle de la traite, des captifs originaires du Kongo continuaient d’arriver clandestinement pour répondre aux besoins économiques. L’apport des Kongo s’est poursuivi même après l’abolition formelle de la traite, en raison de la demande en main-d’œuvre dans les plantations », a-t-il ajouté, citant les travaux de Miguel Barnet.

Dans ce contexte, les esclaves fugitifs, appelés cimarrones kongo, ont marqué les mouvements de résistance, tandis que l’influence bantu s’est durablement enracinée dans la culture cubaine.

« Ainsi, cette influence se manifeste notamment dans la musique et les pratiques religieuses afro-cubaines, avec des instruments comme la conga, inspirée du  ‘‘ngoma’’ kongo, ainsi que des rythmes et danses comme la rumba, la bembé et la calenda, hérités des traditions d’Afrique centrale. La rumba, issue du mot kongo “mkumba”, traduit à la fois un héritage culturel profond et une expression de la mémoire de la servitude, liée aux conditions de vie dans les plantations », a-t-il conclu.

Les chants et danses afro-cubains ont ainsi servi à la fois de moyens d’expression culturelle et de support spirituel, notamment dans l’adoration de Nzambi a Mpungu, témoignant de la survivance des croyances kongo dans les Amériques.

ACP/

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