Déborah Basa, réalisatrice et cinéaste congolaise
Kinshasa, 25 décembre 2025 (ACP). -L’influence de la censure sur l’écriture scénaristique et les choix thématiques dans le cinéma en République démocratique du Congo a été expliquée mercredi par Déborah Basa, réalisatrice et cinéaste congolaise, lors d’un entretien accordé à l’ACP.
« La censure exerce une influence déterminante sur l’écriture scénaristique et le choix des thématiques dans le cinéma congolais, souvent dès le premier mot. De nombreux auteurs écrivent désormais en anticipant ce qu’ils ne pourront pas dire ou montrer, craignant le rejet de certains sujets ou la perception jugée choquante de certains personnages », a déclaré Déborah Basa, réalisatrice et cinéaste.
« Cette contrainte impose une prudence parfois excessive. On apprend à contourner, à suggérer plutôt qu’à dire. Dans mon film documentaire « Mon corps, ma sexualité », centré sur la féminité et la sexualité intergénérationnelle, il a fallu faire un travail plus lent et minutieux pour préserver l’essence du message tout en évitant de heurter la sensibilité du public », a-t-elle ajouté.
Interrogée sur les stratégies mises en place pour contourner la censure, la réalisatrice a évoqué le recours à la symbolique, au non-dit et aux métaphores.
« On peut parler du pouvoir à travers une histoire d’amour, ou évoquer la guerre dans le silence d’une femme. Ce qu’on ne montre pas peut être plus fort que ce qu’on montre. Un dialogue permanent avec son équipe permet de trouver la forme narrative la plus adaptée ».
Elle a reconnu également que ces contraintes peuvent stimuler la créativité :
« Être contrainte pousse à inventer. C’est une adaptation forcée, une manière de survivre artistiquement. La vraie créativité naît de la liberté, pas de la peur », a-t-elle insisté.
Réalisatrice et productrice en RDC, Déborah Basa dirige ‘‘Bimpa Production’’, une société cinématographique et audiovisuelle dédiée à la promotion du cinéma congolais. Elle a récemment fondé Pamoja Film Studio, une structure visant à former et professionnaliser les jeunes talents, en particulier les jeunes filles, dans le secteur du cinéma.
ACP/C.L.

