Kinshasa, 28 juillet 2026 (ACP). – La chevelure a été relevée mardi, lors d’un entretien avec un chercheur joint par l’ACP, comme un facteur ayant occupé une place centrale dans les sociétés traditionnelles du Katanga, où elle constituait un véritable langage symbolique révélant l’identité, le rang social, l’appartenance communautaire et les liens avec le monde spirituel.
« Dans une réflexion consacrée au patrimoine culturel du Katanga, entre le XVIIIème et le XIXème siècle, les peuples considéraient la coiffure comme bien plus qu’un simple élément esthétique. Elle représentait une architecture sociale et un vecteur de transmission des valeurs culturelles entre les générations », a soutenu Félix Kiluya, chercheur en histoire contemporaine.
S’appuyant sur des travaux d’anthropologues et d’historiens spécialisés des sociétés africaines, Félix Kiluya a rappelé que le corps constituait un espace d’expression des identités collectives.
« La coiffure, les ornements et les pratiques corporelles servaient ainsi à communiquer la place de chacun au sein de la communauté », a dit M. Kiluya, tout en relevant que d’un point de vue biologique, la structure du cheveu crépu est adaptée aux environnements tropicaux en limitant l’exposition directe du cuir chevelu au rayonnement solaire.
Toutefois, a-t-il souligné, cette dimension naturelle était largement dépassée par la portée culturelle attribuée à la chevelure, chaque coiffure pouvant raconter une histoire et témoigner d’un parcours de vie.
Le chercheur a cité les exemples des peuples Luba, Lunda et Tshokwe, chez lesquels les coiffures, les ornements corporels et les représentations artistiques étaient étroitement associés à l’autorité, au prestige, à la mémoire historique et à la transmission des valeurs communautaires.
Abordant la période coloniale, Félix Kiluya a estimé que les administrations et les missions chrétiennes ont profondément modifié les rapports au corps en imposant de nouvelles normes relatives à l’apparence, à la discipline et à l’hygiène, notamment à travers les règlements scolaires concernant les coupes de cheveux et le port de l’uniforme.
À ses yeux, les pratiques observées aujourd’hui dans certains établissements scolaires africains trouvent leur origine dans ces transformations héritées de la colonisation et méritent d’être replacées dans leur contexte historique plutôt que réduites à une simple question d’esthétique.
Le chercheur a plaidé pour un retour aux traditions orales et aux recherches scientifiques afin de mieux comprendre la signification des signes corporels chez les peuples Sanga, Bemba, Lamba et d’autres communautés du Katanga.
« La chevelure n’est pas un désordre, elle peut être une couronne symbolique », a-t-il affirmé, invitant la jeunesse katangaise à redécouvrir son héritage culturel et à considérer les pratiques liées aux cheveux comme des expressions d’une histoire et d’une identité.
Pour Félix Kiluya, la préservation de cette mémoire constitue une responsabilité partagée entre chercheurs, détenteurs des savoirs traditionnels et jeunes générations, afin que les symboles culturels des peuples du Katanga soient compris et transmis aux générations futures. ACP/K

