La nécessité de réintégrer les langues congolaises au cœur du système éducatif national

Kinshasa,  9 septembre 2025 (ACP).- La nécessité de réintégrer les langues congolaises au cœur du système éducatif national a été évoquée lundi à Kinshasa, en République démocratique du Congo (RDC) par un acteur culturel dénonçant leur dévalorisation persistante malgré les dispositions légales en vigueur, a appris l’ACP mardi dans un entretien. « Nos langues nationales s’éteignent peu à peu, faute d’être intégrées dans le système éducatif. Pire encore, elles y sont non seulement exclues, mais également stigmatisées, assimilées à des pratiques indésirables que l’élève ne devrait pas ramener à l’école. Le simple fait de s’exprimer en lingala ou dans toute autre langue congolaise au sein des établissements scolaires est souvent passible de sanctions. Ainsi, si l’école a été l’un des vecteurs de leur dévalorisation, il est cohérent que ce soit par elle que la restauration de leur valeur passe, c’est un impératif face à l’oubli culturel », a déclaré Edimo Lumbidi, linguiste et acteur culturel congolais.

« La réintroduction de nos langues dans le cœur des activités scolaires constituerait une réponse appropriée à cette problématique. La loi-cadre de l’enseignement prévoit pourtant l’usage des langues congolaises comme medium d’instruction. Cependant, très peu d’établissements s’y conforment, sous prétexte que ces langues seraient abrutissantes. À côté, on observe une succession de projets dits de valorisation des langues nationales, souvent éphémères, qui naissent sans jamais parvenir à une mise en œuvre effective », a-t-il ajouté.

Selon lui, la modernité dépend moins de la langue utilisée que de la compétence, laquelle s’acquiert pleinement seulement si le savoir est transmis dans une langue que l’on maîtrise. « La modernité ne dépend pas intrinsèquement d’une langue, mais repose sur la compétence. Or, la véritable compétence découle du savoir, et ce savoir ne se transmet adéquatement que dans la langue que l’on comprend le mieux. La majorité de Congolais maîtrisent davantage les langues nationales que les langues étrangères. C’est pourquoi, il est impératif de positionner nos langues au cœur même de toute démarche de modernisation », a-t-il affirmé.

Les familles congolaises appelées à valoriser et respecter les langues nationales

En outre, Edimo Lumbidi a souligné que la famille est la première école de l’enfant et, si elle ne valorise pas une langue, aucune institution ne pourra l’ancrer durablement. « La cellule familiale constitue la première école de chaque enfant. Lorsqu’au sein du ménage, une langue est négligée ou dépréciée, il devient difficile, voire impossible pour une entité extérieure d’en faire un outil respecté et valorisé par l’enfant. Les parents ont le devoir fondamental d’inculquer à leurs enfants que nos langues nous définissent. Si elles disparaissent, c’est une part essentielle de notre identité qui s’éteint également. Un peuple n’est rien sans sa culture, et une culture ne saurait exister sans sa langue », a-t-il martelé.

Il a déploré, par ailleurs, que de nombreux jeunes congolais maîtrisent peu les langues nationales et manifestent un intérêt très limité pour leur apprentissage. « Nombre de jeunes congolais maîtrisent peu les langues nationales et s’y intéressent peu. L’extraversion des médias congolais contribue également à cet éloignement linguistique », a-t-il conclu. Linguiste et animateur culturel de la RDC, Edimo Lumbidi, connu sous le pseudonyme « Molakisi », est l’un des acteurs culturels les plus engagés dans la promotion de la culture et de la littérature congolaises. Il valorise particulièrement les langues congolaises, notamment le lingala, à travers ses écrits, conférences et enseignements. Il est également l’auteur d’une série de livres pour enfants intitulée « Ntwali ». ACP/

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