Kinshasa, 15 octobre 2026 (ACP).- Le développement de l’art contemporain en République démocratique du Congo, comme en Afrique, a été évalué jeudi à Kinshasa lors d’une visite guidée dans une galerie d’art en termes de la consolidation des structures culturelles locales et de l’autonomie artistique du continent.
<<Je crois que le développement de l’art contemporain africain ne devrait pas être évalué uniquement à travers sa visibilité dans les grandes capitales occidentales et les prix atteints par les œuvres sur le marché international, mais à partir de la consolidation des structures culturelles locales et de l’autonomie artistique du continent également >>, a estimé John Bongenya, critique d’art.
Selon lui, la multiplication des expositions à Paris, Londres, New York ou Bâle, ainsi que la hausse des prix des œuvres aux enchères, ne constituent pas, à elles seules, des indicateurs suffisants du développement de la création contemporaine africaine.
M. Bongenya a souligné que les galeristes, les collectionneurs, les commissaires d’exposition et les institutions muséales jouent un rôle majeur dans la reconnaissance des artistes, à travers leurs acquisitions, leurs choix « curatoriaux » et leurs discours critiques.
Toutefois, cette influence soulève la question de l’autonomie culturelle du continent, notamment en ce qui concerne les critères de reconnaissance et de valorisation des œuvres africaines sur la scène internationale.
<<Dans cette perspective, les mécanismes du marché de l’art ne sont pas indépendants des rapports de pouvoir qui influencent la circulation internationale des œuvres>>, a-t-il dit.
La reconnaissance de certains artistes peut ainsi être conditionnée par leur capacité à répondre aux attentes des réseaux institutionnels dominants, au risque de limiter la singularité de leur démarche artistique et leur liberté intellectuelle.
Face à cette situation, a soutenu John Bongenya, le développement de l’art contemporain africain nécessite notamment la consolidation des marchés locaux, l’émergence de collectionneurs africains, la pérennisation des institutions culturelles, la production de savoirs critiques et l’amélioration des conditions matérielles de création.
<<L’objectif n’est pas de rejeter la reconnaissance internationale, mais de dépasser une conception qui subordonne la légitimité des artistes africains à leur consécration par les institutions occidentales>>, a-t-il expliqué.
La maturité de l’art contemporain africain dépendra ainsi de sa capacité à produire ses propres références esthétiques, à maîtriser ses mécanismes de valorisation et à contribuer à la redéfinition des paradigmes artistiques mondiaux à partir de la diversité des réalités culturelles du continent.
Cette réflexion remet au centre du débat la nécessité de construire un écosystème artistique africain capable de soutenir durablement les créateurs, de valoriser les productions locales et de participer, sur un pied d’égalité, aux échanges artistiques internationaux. ACP/Ka

