Kinshasa, 28 mai 2026 (ACP).- L’apport musical du défunt chanteur Aurlus Mabélé (de son vrai nom Aurélien Miatsonama) de la République du Congo, marqué par la popularisation du Soukous, a été mis en lumière dans un ouvrage littéraire intitulé ‘‘ Le Carnet d’Eddy’’, a appris l’ACP mercredi dans un entretien.
« C’est surtout en Europe qu’Aurlus Mabélé, a révolutionné la musique congolaise moderne. En 1986, avec Diblo Dibala et Mav Cacharel, il a fondé Loketo et imposé une formule redoutablement efficace : une musique directe, festive, construite autour du refrain et du sébéné, pensée pour faire danser immédiatement. Le soukous moderne venait de trouver son roi », a déclaré Eddy Ngombé, auteur de l’ouvrage ‘‘Carnet d’Eddy’’.
Selon lui, le parcours d’Aurlus Mabélé s’est inscrit dans une trajectoire ayant dépassé le cadre local. « Alors que de nombreux artistes de la rumba occupaient encore les bars, dancing-clubs et petits espaces d’ambiance de Kinshasa et Brazzaville, le chanteur originaire de Poto-Poto s’est produit sur des scènes d’Afrique, des Antilles, des Caraïbes, d’Europe et des États-Unis », a –t-il relaté.
La source a également rappelé que Mabélé avait participé, dès 1974, à l’aventure des Ndimbola Lokole aux côtés de Jean Baron, Mav Cacharel et d’autres musiciens. Cette étape a été présentée comme un jalon dans la construction de son style, avant la création de Loketo.
L’auteur a, par ailleurs, souligné que l’artiste avait contribué à porter le lingala et la Sape sur des scènes internationales, contribuant ainsi à leur visibilité hors du continent africain.
« Loketo a été présenté comme l’un des orchestres congolais ayant connu une audience étendue dans les années 1980 et 1990 », a-t- il relevé.
De l’avis de M. Ngombé, la recette musicale d’Aurlus Mabélé a mêlé inspiration populaire congolaise, rythmes euphorisants, chœurs féminins parisiens et guitares flamboyantes.
Évoquant la riche discographie de l’artiste, l’écrivain a cité la collaboration initiale avec Diblo Dibala, puis avec Dally Kimoko, Popolipo et plusieurs guitaristes actifs à Paris. Il a également mentionné la participation de Jean Baron, Macaire, Rémy Salomon, Blandin Wabacha, Lucien Bokilo, Mav Cacharel et d’autres musiciens congolais à cette dynamique.
Il a indiqué qu’en vingt-cinq ans de carrière, Aurlus Mabélé avait vendu plus de trois millions d’albums, contribuant à faire connaître la musique congolaise auprès de publics divers. Il a toutefois noté que le regard porté par le pays sur son œuvre avait parfois été jugé insuffisant par des observateurs et a présenté ce constat comme un regret évoqué dans le milieu culturel.
L’auteur a conclu en estimant que l’histoire avait déjà statué sur la place de l’artiste, qu’il a décrit comme l’un des ambassadeurs de la musique congolaise contemporaine.
Le Soukous est un genre musical originaire de la République du Congo et de la République démocratique du Congo (RDC). Bien qu’Aurlus Mabélé soit originaire du Congo-Brazzaville, le ‘‘ Roi du Soukous’’ a bâti sa carrière sur une étroite synergie avec la RDC. Ses collaborations avec les virtuoses de Kinshasa ont contribué à propulser le soukous sur la scène internationale.
Les collaborations avec la scène musicale de la RDC
Ce livre a mis également en exergue les collaborations de l’artiste Mabelé avec les grands noms de la musique en RDC dont, Diblo Dibala : guitariste prodige originaire de Kisangani (RDC), architecte musical d’Aurlus Mabélé. Ensemble, ils fondent le groupe Loketo en 1986 et créent des titres intemporels qui ont révolutionné la danse en Afrique et dans les Caraïbes.
Outre Diblo Dibala, le groupe comprenait d’autres musiciens et chanteurs kinois de renom, notamment le guitariste rythmique Pablo Lubadika et l’animateur Jean Baron.
Aurlus Mabélé a également collaboré avec Pépé Kallé et Awilo Longomba dans le cadre du projet Africa Légende, unissant les deux rives du fleuve Congo dans une même ferveur festive.
Cette fusion entre le savoir-faire instrumental de Kinshasa et le dynamisme scénique de Brazzaville est illustrée par plusieurs performances marquantes, notamment le titre ‘‘Douce Isabelle’’, interprété par Aurlus Mabélé et Diblo Dibala.
Né Aurélien Benoît Miatsonama le 24 octobre 1953 à Brazzaville, il est décédé le 19 mars 2020 à Paris. ACP/

