Littérature : présentation d’un livre rédigé en mémoire des victimes de guerre en RDC

Kinshasa, 12 septembre 2026 (ACP).-  L’ouvrage d’un auteur congolais intitulé « Qui est mon père », a été présenté et baptisé, vendredi, lors de la neuvième édition de la Grande Rentrée Littéraire, pour commémorer la mémoire des compatriotes tombés pendant la guerre qui prévaut dans la partie Est de la République démocratique du Congo.

« Je remercie toute la délégation de Wallonie-Bruxelles pour avoir cru en moi et pour avoir pris mon projet à bras-le-corps en le plébiscitant comme le roman qui devrait représenter ce thème, celui de la mémoire collective que nous commémorons ; la mémoire, on ne peut pas dire qu’on la célèbre, mais plutôt, on commémore. Et rendez-vous compte que la guerre dans ce pays dure il y a 30 ans », a déclaré Maitre Madaga, auteur du livre.

« Moi, je suis un originaire de l’Est. Alors je voyais mal comment faire avec tous les romans que j’ai en échafaudage dans mes ateliers, en me disant,  le roman qui devrait sortir en premier, c’est celui qui raconte d’une manière poignante un témoignage, mais un témoignage alors qui fait intervenir deux générations », a-t-il ajouté.

L’écrivain a expliqué que son roman « Qui est mon père ? » est né de la volonté de préserver la mémoire des victimes des violences qui frappent l’Est de la RDC depuis plusieurs décennies.

« À travers la littérature, j’entends donner une voix aux nombreuses victimes qui n’ont pas l’occasion de témoigner publiquement », a-t-il souligné.

« Alors des témoignages comme celui de papa Maurice Nyamugabo, il y en a plein. Il y a des millions. On ne peut pas dire qu’ils n’osent pas parler, mais ils n’ont pas de panel où s’exprimer (…). Mais alors au moment où nous sommes, la littérature est censée être le miroir de la société. On ne peut pas parler des choses qui nous enchantent en oubliant de nous solidariser avec ceux qui connaissent ce problème et qui de surcroît sont nos frères », a renchéri l’auteur du livre.

Le roman met en scène deux générations et raconte notamment l’histoire de Seya, une jeune fille dont la mère, originaire du Sud-Kivu, a été victime de violences sexuelles pendant la guerre et n’est pas en mesure de lui révéler l’identité de son père biologique.

Par ailleurs, l’auteur a souligné les nombreuses difficultés rencontrées lors de ses 13 voyages d’enquête dans des zones affectées par les conflits : risques sécuritaires, déplacements des populations, pauvreté extrême et absence de moyens de subsistance. Malgré ces obstacles, il a affirmé avoir poursuivi son travail pour documenter les réalités vécues par les populations.

« Bon nombre de fois on a programmé des tels voyages dans des zones à haut risque, mais qui ont été décalés à cause des aléas. Mais aussi c’est l’occasion de remercier les mécènes qui ont aidé à ce que de tels voyages se fassent parce que 13 voyages n’étaient pas évidents. Les difficultés sont multiples parce que quand vous faites des enquêtes dans des endroits en proie à la guerre, non seulement vous risquez votre propre mort mais aussi on peut vous prendre pour quelqu’un qui est malintentionné », a-t-il fait savoir.

Pour Maître Madaga, ce livre de deux cents quatre-vingts (280) pages, publié par la maison d’éditions Le Lys Bleu Éditions, veut surtout montrer l’ampleur des traumatismes liés aux violences et la nécessité de ne pas oublier les victimes. Il compare cette mémoire collective aux commémorations des attentats du 11 septembre 2001, estimant que des milliers de morts enregistrés chaque année dans l’Est de la RDC méritent également une attention et une reconnaissance internationales.

Dans son allocution, M. Madaga, a expliqué que la couverture de son ouvrage « Qui est mon père ? » traduit la gravité de l’histoire racontée. Le rouge symbolise le sang et le noir le deuil, en référence aux souffrances et aux massacres qui touchent les populations de l’Est de la RDC.

Sébastien Kitongozi, professeur à l’Université de Kinshasa et baptiseur de cet œuvre littéraire s’est dit très ému, considérant la publication du livre comme une naissance. Il a témoigné son admiration pour Maître Madaga, le présentant comme un artiste complet, à la fois peintre, sculpteur et écrivain.

Il a salué également la qualité littéraire de l’ouvrage et a souhaité qu’il soit largement diffusé dans les écoles et universités en RD Congo ainsi qu’à l’étranger.

« Cet ouvrage, ce bouquin qui est formidablement bien écrit, il faut le lire. Je souhaite un long voyage au pays, dans nos universités, dans nos écoles aussi bien primaires que secondaires. Un voyage que je pense qui va être poursuivi à travers le monde. Parce que j’ai le sentiment, que ce bouquin va être primé partout où il va être présenté », a-t-il souhaité.

Maître Madaga, artiste peintre, s’est également intéressé très tôt à l’écriture, notamment à travers la bande dessinée, qu’il considère comme un pont entre les arts visuels et la littérature. ACP/ Mb (sp)

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