Kinshasa, 08 septembre 2026 (ACP).- La mise en place d’une chaîne cinématographique complète, allant de l’écriture à la commercialisation, a été recommandée mardi à Kinshasa par une scénariste, au cours d’un entretien avec l’ACP, pour contribuer à la construction d’une véritable industrie cinématographique en République démocratique du Congo (RDC).
« L’écriture, la commercialisation, en passant par la production, le financement, la réalisation, la postproduction, la promotion, la distribution, l’exploitation et le réinvestissement sont des facteurs fondamentaux dans la construction d’une véritable industrie cinématographique. », a soutenu la scénariste Nancy Adjani.
D’après elle, l’organisation de ces différents maillons permettrait d’instaurer un cercle vertueux dans lequel les revenus générés par les œuvres cinématographiques serviraient à financer de nouvelles productions et à assurer la pérennité du secteur.
« Produire un film est une étape. Le vendre, le distribuer et permettre à ceux qui l’ont créé d’en vivre constituent la véritable construction d’une industrie », a-t-elle souligné.
La commercialisation, un maillon stratégique
S’agissant de la commercialisation, Nancy Adjani l’a présentée comme un maillon stratégique de la chaîne cinématographique. Un film qui demeure dans les tiroirs, faute de distributeur ou de stratégie commerciale, ne peut, selon elle, jouer pleinement son rôle culturel et économique.
À cet effet, elle a préconisé la création de structures spécialisées capables de faciliter les négociations avec les salles de cinéma, les chaînes de télévision, les plateformes numériques et les distributeurs étrangers.
Ces structures pourraient également, selon elle, constituer des catalogues d’œuvres congolaises afin de présenter une offre organisée aux acheteurs et diffuseurs sur les marchés national et international.
Cette organisation, a-t-elle estimé, permettrait de rapprocher les créateurs des différents marchés et d’accroître les possibilités d’exploitation et de rentabilisation des productions congolaises.
Le numérique, une nouvelle opportunité
Par ailleurs, l’évolution des technologies numériques a ouvert de nouvelles perspectives au cinéma congolais, notamment grâce aux plateformes de vidéo à la demande, aux services de streaming et aux réseaux numériques permettant d’atteindre des publics au-delà des frontières nationales.
Dans cette dynamique, la diaspora congolaise constitue, selon la scénariste, un marché potentiel important pour les productions nationales.
Toutefois, la conquête de ces nouveaux publics nécessite une stratégie commerciale adaptée, fondée notamment sur le sous-titrage, la communication numérique, la promotion internationale, la négociation des droits et la sécurisation des revenus, a-t-elle fait savoir.
Elle a, en outre, insisté sur la nécessité de lutter contre le piratage, qu’elle considère comme l’un des facteurs privant les créateurs et les investisseurs des revenus issus de l’exploitation légale des œuvres.
L’État appelé à accompagner la dynamique
Pour Nancy Adjani, la structuration de la chaîne cinématographique ne peut reposer uniquement sur les efforts des cinéastes. Elle nécessite également l’accompagnement des pouvoirs publics.
À ce sujet, elle a plaidé en faveur de politiques publiques destinées à encourager l’investissement culturel, renforcer la formation professionnelle, développer les infrastructures, faciliter l’accès aux financements et assurer une meilleure protection des droits d’auteur.

Vue du public lors d’une projection cinématographique
Dans cette perspective, la scénariste a appelé à la création d’une industrie cinématographique disposant de « toutes les structures nécessaires », avec un accompagnement accru du gouvernement, a-t-elle indiqué.
L’objectif, selon elle, est de passer progressivement d’un cinéma reposant principalement sur des initiatives individuelles à un véritable secteur industriel structuré autour de professionnels, d’entreprises et de structures spécialisées.
Le cinéma, un secteur économique
« Le cinéma congolais ne devrait plus être considéré uniquement sous l’angle artistique. Le septième art constitue également un secteur économique susceptible de créer des emplois, de générer des revenus et de contribuer au rayonnement culturel de la RDC. », a indiqué Nancy Adjani.
À ses yeux, la mise en place d’une chaîne de commercialisation efficace permettrait de relier les créateurs aux spectateurs et les œuvres aux marchés, tout en favorisant la circulation des productions congolaises aux niveaux national et international.
En définitive, la construction d’une industrie cinématographique congolaise passe, selon elle, par une vision intégrée du secteur, dans laquelle chaque maillon, de l’écriture au réinvestissement, contribue à la création de valeur et à la pérennisation de l’activité cinématographique. ACP/AK

