Le chanteur Fally Ipupa
Kinshasa, 11 mai 2026 (ACP). – La culture africaine appelée à devenir un instrument de souveraineté économique, technologique et politique plutôt qu’un simple outil de divertissement, a soutenu un analyste dans un forum en ligne suivi lundi par l’ACP depuis Kinshasa, en République démocratique du Congo (RDC).
« Le véritable défi de la jeunesse africaine (…) n’est pas de remplir le Stade de France, mais de construire les infrastructures qui rendront ce genre de pèlerinage vers l’ancienne métropole obsolète », a déclaré Charly Kengne un analyste culturel, faisant allusion au concert du chanteur Fally Ipupa au Stade de France.
Une médiatisation jugée sélective
Selon cet analyste, le concert organisé le 3 mai 2026, devant près de 80.000 spectateurs majoritairement issus de la diaspora africaine, a bénéficié d’une forte couverture médiatique internationale mettant davantage l’accent sur l’aspect festif de l’événement.
Il estime que cette médiatisation contribuerait à promouvoir l’image d’une Afrique tournée vers le divertissement, au détriment des questions liées à la souveraineté économique, aux conflits armés ou à l’exploitation des ressources naturelles du continent.
Charly Kengne a notamment évoqué ce qu’il qualifie de « soft power de diversion », estimant que les grands événements culturels africains organisés en Europe servent également les intérêts économiques et symboliques des anciennes puissances occidentales.
Le paradoxe de la mobilisation africaine
L’analyste a également relevé ce qu’il considère comme un paradoxe entre la capacité de mobilisation observée lors des grands spectacles et les difficultés rencontrées dans la mise en œuvre de projets structurants sur le continent africain.
Selon lui, l’énergie déployée autour des manifestations culturelles pourrait être orientée vers la création de fonds souverains, de banques africaines ou encore de pôles technologiques.
« Une société qui mobilise plus pour une chorégraphie que pour sa souveraineté bancaire ou sa défense territoriale est une société condamnée à la servitude joyeuse », a-t-il affirmé.
La centralité des grandes scènes européennes critiquée
Charly Kengne a par ailleurs critiqué le fait que les principales consécrations des artistes africains se déroulent dans des salles européennes, tels que le Stade de France, l’Accor Arena ou l’Olympia.
Selon lui, cette situation traduirait une dépendance symbolique envers les anciennes métropoles occidentales, alors que des villes africaines comme Kinshasa, Douala ou Abidjan devraient, d’après lui, devenir des centres majeurs du rayonnement culturel africain.
Des interrogations sur les enjeux géopolitiques
Abordant la situation sécuritaire dans l’Est de la République démocratique du Congo, l’analyste a regretté le faible écho médiatique réservé, selon lui, aux questions liées au pillage des ressources minières et aux violences armées comparativement à la couverture accordée aux grands événements culturels africains en Europe.
Cette analyse intervient dans un contexte de débats sur les réseaux sociaux après le concert de Fally Ipupa au Stade de France, considéré par plusieurs observateurs comme un événement majeur pour la visibilité internationale de la musique congolaise.
ACP/JF

