Kinshasa, 7 septembre 2026 (ACP).- La structuration des mécanismes de commercialisation, de distribution et d’exploitation permettant aux réalisateurs et producteurs de vivre de leurs œuvres en République démocratique du Congo(RDC), a été relevée lundi à Kinshasa par une réalisatrice et scénariste , lors d’un échange avec l’ACP.
« La République démocratique du Congo dispose de talents capables de produire des œuvres cinématographiques de qualité, mais doit encore structurer les mécanismes de commercialisation, de distribution et d’exploitation permettant aux réalisateurs et producteurs de vivre de leurs œuvres », a indiqué Nancy Adjani, réalisatrice et scénariste.
Pour cette professionnelle du cinéma, l’enjeu ne consiste plus seulement à produire des films, mais à construire autour de chaque œuvre une véritable chaîne économique capable de la conduire vers le public, les diffuseurs et les marchés nationaux et internationaux.
« Un réalisateur d’un film n’est pas obligé de savoir produire, financer, communiquer et vendre son film tout seul », a estimé Nancy Adjani, soulignant la nécessité de mettre en place des structures spécialisées dans la commercialisation des œuvres cinématographiques congolaises.
Cette réflexion part d’un constat simple : la réalisation d’un film ne constitue que la première étape d’un processus beaucoup plus vaste.
Une fois l’œuvre achevée, il faut encore la faire connaître, trouver des salles, négocier avec les télévisions et les plateformes numériques, rechercher des partenaires, participer aux festivals et, surtout, organiser la vente des droits d’exploitation.
La distribution, maillon essentiel
Selon Mme Adjani, le cinéma congolais gagnerait à sortir d’un modèle dans lequel le réalisateur porte presque seul toutes les responsabilités liées à son œuvre.
« Le métier de réalisateur exige avant tout de la créativité, une maîtrise artistique et une capacité à raconter des histoires », a-t-elle dit, ajoutant que la commercialisation, quant à elle, nécessite d’autres compétences : marketing, négociation, communication, gestion des droits, relations avec les diffuseurs et connaissance des marchés.
La mise en place de sociétés ou d’agences spécialisées dans la distribution pourrait ainsi permettre aux cinéastes de confier la commercialisation de leurs œuvres à des professionnels dont le métier consiste précisément à rechercher des débouchés.
Cette spécialisation contribuerait également à professionnaliser l’ensemble de la filière et à créer de nouveaux emplois dans le secteur culturel.
Transformer le film en produit économique
« La RDC possède un public important et une forte tradition de consommation d’images, mais cette réalité doit être transformée en opportunité économique pour les créateurs », a encore dit Nancy Adjani.
plaidant pour que le secteur culturel puisse prendre son envol et permettre aux créateurs de bénéficier pleinement de leur travail.
Son expérience avec le long métrage Adjani, dont elle a assuré la production, illustre d’ailleurs cette volonté de participer à la construction d’un cinéma congolais professionnel.
Le film a connu plusieurs sélections et récompenses, notamment au festival international AG’NA au Mali et à différents rendez-vous cinématographiques.
Pour la réalisatrice, la réussite d’un film ne devrait pas être mesurée uniquement au nombre de spectateurs ou de récompenses obtenues.
« Elle devrait également être appréciée à travers sa capacité à générer des revenus pour les différents professionnels ayant participé à sa création », a-t-elle soutenu.
La RDC dispose des talents et des histoires nécessaires. Il lui reste à bâtir l’écosystème économique capable de transformer cette créativité en une industrie cinématographique durable, compétitive et créatrice de valeur.
ACP/K

