Kinshasa, 15 avril 2026 (ACP).– L’accès limité des artistes, en général, à la prise de décision au niveau institutionnel a été considéré comme un frein à l’évolution de l’art en République démocratique du Congo (RDC), a expliqué mercredi à l’ACP une poétesse, dans le cadre de la Journée mondiale de l’art.
« Nous avons des difficultés d’accès aux circuits décisionnels. L’art est trop souvent relégué au simple divertissement, alors qu’il devrait être un partenaire stratégique dans le dialogue entre les citoyens et les institutions », a déclaré Florence Meta, slameuse et poétesse.
« Le défi majeur reste la reconnaissance du statut de l’artiste. Il est encore difficile de faire comprendre que l’art est un métier à part entière, qui nécessite une structure et une stabilité », a-t-elle ajouté.
Florence Meta présente l’art comme une nécessité vitale, à la fois personnelle et sociale. Il permet d’exprimer les émotions, de comprendre le monde et de relier l’invisible au réel.
« Dans la société, je le vois comme un pont indispensable entre l’invisible et le réel. L’art n’est pas un luxe, c’est une nécessité sociale qui permet de traduire les silences, de documenter notre histoire et de donner une forme humaine aux enjeux de justice et d’humanité », a-t-elle renchéri.
Elle a fait savoir que la poésie permet de susciter l’empathie là où échouent parfois les discours formels.
L’artiste a conseillé aux jeunes créateurs de rester authentiques, de travailler avec rigueur et de prendre conscience de l’impact de leurs œuvres sur la société.
L’art, un moyen d’expression et de témoignage des réalités sociales

Le peintre Dikisongele
L’art a été considéré comme un moyen d’expression, de communication et de témoignage des réalités sociales, culturelles et spirituelles, a fait savoir l’artiste peintre Franck Dikisongele, à l’occasion de la Journée mondiale de l’art.
« Une civilisation ou une société peut aussi se décrire à travers l’art, dans la manière dont on danse, chante, peint, prie ou écrit. C’est dire que l’art est à la fois un témoin et un témoignage de la vie sociale. L’art me permet de communiquer des messages et de me faire entendre, parce que c’est un langage », a- t-il expliqué.
« Je fais allusion à tout ce qu’un être humain peut connaître ou partager, en mutualisant les formes de la réalité ou de mon imagination propre, mais à ma manière, c’est-à-dire en toute subjectivité. Bref, l’art joue un rôle dans ma détermination et dans la puissance d’exister aux côtés des autres en tant que tel, avec une âme qui m’est propre », a- t-il indiqué.
D’après Dikisongele, à travers la danse, la musique, la peinture ou l’écriture, une société révèle son identité et son histoire.
Pour lui, l’art permet à l’homme d’affirmer sa personnalité, d’exprimer sa subjectivité et de donner un sens à son existence. Il constitue une force de création et d’affirmation de soi.
Il a souligné que les nouvelles technologies, notamment l’intelligence artificielle, ont un impact ambivalent sur l’art car elles offrent de nouvelles possibilités techniques et créatives, mais posent également des défis.
« Nul n’ignore que l’impact de l’IA peut être à la fois positif et négatif. Il est seulement question de savoir utiliser cet instrument afin de se donner les moyens d’accomplir des prouesses techniques dans l’expression artistique et de créer le beau, qui est l’objet de l’art », a- t-il expliqué.
L’art, un élément majeur pour renforcer l’identité et la cohésion sociale
Par ailleurs, l’art joue un rôle majeur dans le renforcement de l’identité culturelle d’un pays, de la cohésion sociale et favorise l’unité nationale.
Dans son intervention, le peintre a expliqué que l’art exprime les croyances, les aspirations et les valeurs d’un peuple. Des exemples comme la rumba congolaise ou certaines chansons emblématiques illustrent comment l’art peut renforcer l’identité et la solidarité d’une nation.
« L’art, dans toutes ses disciplines confondues, crée et favorise au sein d’une société une communauté de culture qui renforce la cohésion nationale et sociale. Il répond aux aspirations profondes de l’homme, car il porte sincèrement les expressions des croyances et des désirs de tout un peuple, comme le souligne le philosophe de l’art Martin Fortuné Mukendji », a renchéri Dikisongele.
Il a fait savoir que l’art contribue également à la paix et au développement en créant un sentiment d’appartenance et en promouvant la fraternité entre les peuples. Une société qui néglige son art risque de perdre ses repères culturels et historiques.
« Toute société qui ne prend pas en compte ses arts est vouée un jour à disparaître, car l’art fixe les idéaux d’une société et constitue le soubassement de l’histoire d’un peuple. En se dotant d’une politique artistique, la société favorise les conditions d’une paix durable et crée une fraternité universelle », a- t-il indiqué.
« L’art fait partie intégrante de la société et, en ce sens, il en est l’expression au même titre que la politique, l’éducation, le social, l’économie et d’autres activités. Il dépeint, dénonce, participe à la sensibilisation et fixe les moments de l’histoire, notamment les guerres. En outre, étant un fait social, il ne peut échapper à l’influence de sa société. Ainsi, l’art ne doit pas s’isoler de celle-ci ni être considéré à part », a- t-il conclu.
Commémorée le 15 avril de chaque année, cette journée contribue à renforcer les liens entre les créations artistiques et la société, à promouvoir une meilleure prise de conscience de la diversité des expressions artistiques et à mettre en valeur la contribution des artistes au développement.
ACP /UKB

