RDC: le français s’impose comme enjeu de l’identité linguistique après 140 ans d’évolution (écrivain)

Kinshasa, 05 mai 2026 (ACP).-  La langue française en République démocratique du Congo s’est progressivement affirmée comme un enjeu central de l’identité linguistique nationale et de la cohésion institutionnelle, a constaté André Bekanda dans son ouvrage sur les 140 ans de cette langue de l’Hexagone dans ce pays d’Afrique centrale. 

 «Introduit en 1885 avec la création de l’État Indépendant du Congo, le français cumule 140 ans de présence en République Démocratique du Congo. Langue officielle, langue de l’école, de l’administration et des élites, il est aujourd’hui parlé par près de 51% des Congolais selon l’OIF, faisant de la RDC le premier pays francophone du monde en locuteurs. Pourtant, moins de 10% des enfants congolais l’ont comme langue première à la maison», a déclaré l’écrivain André Bekanda Boliki.

 «L’urbanisation galopante et le brassage linguistique, Kinshasa comptera 35 millions d’habitants en 2050. Dans les grandes villes, les couples mixtes lingala-tshiluba ou swahili-kikongo adoptent le français comme langue neutre du foyer. Pour beaucoup d’enfants kinois, lushois ou gomatraciens, le français est la première langue entendue, avant même la langue des parents. C’est déjà le  » français de rue  » langue du berceau urbain» a-t-il ajouté.

Selon l’auteur, l’école apparaît comme un facteur déterminant de transformation sociale et linguistique. Au-delà de sa mission éducative, elle devient progressivement un espace de reproduction et de transmission du français au sein des familles, notamment dans les milieux urbains et les classes moyennes.

 «L’école comme fabrique de francophones natifs. Depuis 140 ans, l’école congolaise est francophone. Les générations nées après 2000 ont des parents eux-mêmes scolarisés en français. Le schéma parents francophones enfants francophones natifs se met en place dans les classes moyennes. L’interdiction des langues nationales à l’école, encore pratiquée, accélère ce report linguistique vers le français dès le plus jeune âge», a-t-il souligné avant d’affirmer que: «140 ans après son introduction, le français est en train de prendre racine dans les berceaux urbains congolais. En 2100, il sera probablement la langue maternelle de la majorité des enfants des grandes villes, soit 50 à 60% des enfants congolais, en cohabitation ou en mélange avec les langues nationales».

M. Bekanda estime que le français, loin de remplacer les langues nationales, pourrait s’intégrer dans un système linguistique hybride en construction, où se redéfinit progressivement l’identité congolaise contemporaine

 «Le français ne tuera pas le lingala ni le swahili, mais il deviendra avec eux le «ciment linguistique» des villes. La RDC ne sera ni la France d’Afrique, ni un pays totalement défrancisé: elle inventera un français congolais, langue maternelle métissée, symbole d’une identité à la fois enracinée et ouverte au monde», a-t-il conclu. ACP/ODM

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