RDC : le parcours d’Ota Benga interpelle sur la préservation de la mémoire congolaise

Kinshasa, 26 juillet 2026 (ACP).- La mémoire d’Ota Benga, jeune Congolais issu du peuple Mbuti, dans le nord-est de la République démocratique du Congo (RDC), a été présentée comme un élément essentiel de la conscience collective et de la reconstruction de la mémoire historique congolaise, par un notable, lors d’un entretien accordé dimanche à l’ACP.

« Préserver la mémoire d’Ota Benga, c’est affirmer le droit de la RDC de se raconter elle-même. Pendant longtemps, cette histoire a été racontée par ceux qui l’ont causée, les colonisateurs, les scientistes de l’époque et les institutions qui en ont profité. Pour qu’une nation se reconstitue après le traumatisme colonial, elle doit reprendre possession de ses propres récits», a soutenu Prince Arnold Kufulula.

Selon ce notable, l’histoire d’Ota Benga, issu du peuple Mbuti et présenté à l’Exposition universelle de Saint-Louis en 1904 avant d’être placé au zoo du Bronx en 1906, constitue un témoignage de la manière dont les peuples africains ont été perçus et traités durant la période coloniale.

Il a estimé que « son parcours ne devait pas être considéré comme une simple anecdote historique, mais comme le reflet d’un système ayant associé exploitation économique, déshumanisation et théories pseudo-scientifiques visant à établir une hiérarchie entre les peuples ».

« En tant que notable, gardien de traditions anciennes, je reconnais en Ota Benga un enfant dont le destin parle à celui de tous les peuples du Congo. Son histoire n’est pas seulement celle d’un enfant Mbuti. C’est un témoignage sur ce que signifiait être congolais pendant la période coloniale », a-t-il affirmé.

Le Prince Arnold Kufulula a, par ailleurs, plaidé pour l’intégration de l’histoire d’Ota Benga dans l’enseignement de l’histoire congolaise, estimant que cette mémoire pouvait permettre aux jeunes générations de mieux comprendre les mécanismes de domination et de déshumanisation qui ont marqué l’histoire du Congo.

« Ota Benga doit être au cœur de l’éducation congolaise, pas comme une anecdote, ni comme une victimologie, mais comme une question existentielle qui a traversé la période coloniale et qui continue à traverser notre temps présent», a-t-il appelé.

Pour lui, les autorités, les institutions culturelles, les universités ainsi que les communautés traditionnelles ont un rôle à jouer dans la transmission de cette mémoire, notamment à travers la recherche historique, l’enseignement et la création d’espaces de commémoration dignes.

M. Kufulula a également annoncé travailler depuis une année sur un projet visant à faire connaître l’histoire d’Ota Benga auprès des jeunes, dans une narration adaptée au contexte congolais. Il a indiqué œuvrer également en faveur du retour de sa dépouille sur la terre congolaise.

« Une nation qui se reconstruit doit pouvoir accueillir de nouveau ceux qu’elle a laissés partir dans des conditions qu’elle n’avait pas choisies. Ce rapatriement n’est pas un geste symbolique isolé. C’est une manière de dire que le Congo reprend la responsabilité de ses propres enfants, y compris un siècle plus tard», a-t-il fait savoir.

S’adressant à la jeunesse congolaise, Prince Arnold Kufulula a appelé à considérer Ota Benga non seulement comme une victime de l’histoire, mais aussi comme un symbole de dignité et de résistance face aux systèmes de domination.

Il a enfin encouragé les jeunes à construire leur avenir par le savoir et la connaissance, estimant que les « cages » contemporaines ne sont plus celles du zoo du Bronx, mais peuvent se manifester à travers les récits qui minimisent les civilisations africaines et les héritages historiques.

Ota Benga était un jeune Congolais issu du peuple Mbuti, dans le nord-est de la RDC, principalement de la province de l’Ituri et de la grande forêt équatoriale de l’Ituri, dont le parcours aux États-Unis au début du XXe siècle a suscité un intérêt historique particulier. Présenté lors de l’Exposition universelle de Saint-Louis en 1904, puis au zoo du Bronx en 1906, son histoire demeure liée aux réflexions sur la mémoire coloniale et la dignité humaine

ACP/ 

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