Kinshasa, 18 février 2026 (ACP).– Le lac Mukamba, situé dans la province du Kasaï-Oriental, au centre de la République démocratique du Congo (RDC) a été vantée et présenté par un historien, mercredi lors d’un entretien, comme l’un des sites naturels et culturels les plus emblématiques de la région, mêlant données géographiques, traditions orales et croyances spirituelles.
« Mukamba n’est pas un simple lac. Pour les populations locales, il n’est pas seulement un plan d’eau : il est habité, chargé de mémoire et de traditions. Jamais un simple lieu de détente. Ce lac incarne l’histoire et la spiritualité du Kasaï. Dans la tradition profonde, Mukamba symbolise la puissance de la terre, la mémoire des ancêtres », a signifié Justin Kabadi, chercheur congolais en histoire contemporaine.
« La conséquence des interdits brisés et la frontière entre le visible et l’invisible. Ce lac est perçu comme une porte entre le monde des vivants et celui des esprits. Avant son existence, une vaste plaine s’étendait là où se trouve aujourd’hui Mukamba. Au centre, un lieu mystérieux appelé « la bouche de la terre » abritait, selon les anciens, une eau ancienne, une force, un esprit », a-t-il évoqué.
Dans ses recherches, il a raconté que les chefs coutumiers interdisaient de creuser à cet endroit. « Il fallait respecter la terre et laisser ce qui dormait sous elle en paix. Un jour, cet interdit fut brisé. Qu’il s’agisse de la recherche d’eau, de richesses ou d’une trahison de serment, la terre fut provoquée… et elle répondit. Une nuit, ou peut-être à l’aube, le sol se mit à vibrer, annonçant la naissance du lac », a révélé le chercheur.
Parmi les nombreuses légendes qui entourent le lac Mukamba, une histoire ancienne relate le destin mystérieux de quatre jeunes filles, transformées par les forces de l’eau en gardiennes invisibles du site.
« Une autre légende plus ancienne raconte que quatre jeunes filles, en quête de sauterelles dans la brousse, appelèrent l’eau par leurs chants. Une source jaillit, s’élargit et devint puissante : deux réussirent à s’enfuir, tandis que les deux autres furent englouties et transformées en esprits de l’eau, gardiennes invisibles du lac », a précisé M. Kabadi.
Pour les habitants du Kasaï, le lac Mukamba ne se limite pas à sa surface tranquille. Certains affirment que, vu du ciel, il prend la forme d’un corps humain couché, tandis que la tradition locale raconte qu’il est habité par des esprits et des ancêtres, imposant respect et rituels aux populations riveraines.
« Certains disent que vu du ciel, Mukamba ressemble à un corps humain couché, comme si la terre gardait la mémoire d’un être transformé. Pour les populations locales, le lac est habité par des esprits et des ancêtres, et il impose respect et silence : ne pas insulter ses eaux ni jeter d’objets impurs », a-t-il ajouté.
Mukamba : entre découvertes européennes et mémoire ancestrale
« Si les explorateurs et colons ont vu en Mukamba un lac pittoresque, pour les habitants, il reste avant tout un lieu chargé de mémoire et de traditions », a-t-il expliqué.
Au XIXᵉ siècle, des explorateurs allemands entendirent parler d’une immense mer intérieure au cœur du Kasaï. Ils s’y rendirent avec espoir et découvrirent un lac modeste, alimenté par des sources. Plus tard, pendant la colonisation belge, Mukamba devint un lieu de villégiature, attirant les Européens pour ses plages et son air paisible. Mais pour les habitants, le lac ne fut jamais un simple lieu de détente : il était mémoire.
« Aujourd’hui, le lac Mukamba reste une richesse naturelle, utilisée notamment pour la fabrication de sérum et faisant l’objet de projets touristiques. Une route a été construite pour désenclaver la zone, mais le mystère persiste : les anciens affirment que le lac voit, entend et réagit, et que le manque de respect peut entraîner malheurs ou maladies. Dans la tradition locale, Mukamba symbolise la puissance de la terre, la mémoire des ancêtres, la conséquence des interdits brisés et la frontière entre le visible et l’invisible ; il est perçu comme une porte entre le monde des vivants et celui des esprits », a-t-il exprimé.
Pour les initiés, le lac Mukamba dépasse sa simple apparence : il recèle encore des secrets, des vestiges anciens et une énergie particulière, restant à la fois mystérieux et vivant dans la mémoire des communautés locales.
« Certains initiés affirment que tout n’a pas été révélé. Que le lac cache encore des objets anciens. Des villages silencieux. Une énergie particulière. Mais ils ajoutent toujours : »Tout ne doit pas être raconté à tout le monde. » Et le lac reste là. Calme. Clair. Silencieux. Mukamba n’est pas seulement de l’eau. C’est une mémoire vivante du Kasaï », a- t-il conclu.
ACP/C.L.

