Kinshasa, 19 mai 2026 (ACP).- L’analyste culturel Dary-Abega a qualifié mardi le chanteur Alain Mpela de la République démocratique du Congo (RDC) de talent inachevé de la musique congolaise moderne, estimant qu’il aurait pu atteindre le sommet de la Rumba aux côtés de Ferré Gola et Fally Ipupa, lors d’un échange avec l’ACP.
« La place occupée aujourd’hui par Fally Ipupa aurait été celle d’Alain Mpela. Moi, je voyais Alain Mpela, le chef du gouvernement de JB Mpiana, s’opposer à Ferré Gola au sommet de la musique congolaise. Le binôme Alain Mpela–Ferré Gola aurait été la continuité directe de la rivalité entre JB Mpiana et Werrason », a déclaré Dary-Abega. Selon cet analyste, l’émergence de Wenge Musica au début des années 1990 s’est inscrite dans un contexte mondial marqué par les bouleversements géopolitiques consécutifs à la chute du mur de Berlin et à l’effondrement du bloc de l’Est, entraînant une transformation des sociétés africaines et du paysage musical zaïrois.
« Les grands orchestres comme OK Jazz, Afrisa, Viva la Musica ou Victoria Eleison ont progressivement perdu du terrain devant la déferlante Wenge Musica 4×4 tout terrain, un orchestre de jeunes de Bandalungwa sorti de nulle part et décidé à bousculer l’ordre établi dans la musique zaïroise », a-t-il expliqué. Il a, par ailleurs, rappelé que la nouvelle vague musicale portée notamment par JB Mpiana, Werrason, Blaise Bula, Alain Makaba et Didier Masela avait profondément transformé le paysage artistique congolais après les générations de Tabu Ley Rochereau, Franco Luambo, Papa Wemba et Kester Emeneya. Dary-Abega a décrit Alain Yoka comme un artiste complet et discret, dont le talent était déjà reconnu au sein de Wenge Musica avant la dislocation du groupe en 1997.
« Alain Yoka Mpela était un jeune garçon instruit, sage, bon danseur et très talentueux. JB Mpiana l’appelait “le chef du gouvernement” parce qu’il représentait pour beaucoup la relève assurée de la génération Wenge », a-t-il affirmé. L’analyste a également évoqué l’évolution parallèle de Ferré Gola au sein de Wenge Maison Mère ainsi que celle de Fally Ipupa dans l’univers musical de Koffi Olomide, estimant que ces deux artistes ont réussi à concrétiser les espoirs placés en eux, contrairement à Alain Yoka Mpela. « Ferré Gola et Fally Ipupa ont réussi à se hisser au sommet de la musique congolaise parce qu’ils ont poursuivi leur évolution artistique jusqu’au bout. Alain Mpela, lui, s’est perdu en chemin après avoir tenté une aventure en solo. Aujourd’hui, beaucoup se demandent où est passé l’artiste que la RDC considérait comme l’avenir de demain », a regretté Dary-Abega.
Il a enfin estimé que la disparition progressive du chanteur Mpela de la scène musicale congolaise constitue l’un des plus grands regrets de la génération issue de Wenge Musica. « Alain Mpela est le chanteur que la RDC a perdu. C’est un véritable gâchis artistique au regard du potentiel qu’il représentait pour la musique congolaise moderne », a conclu l’analyste culturel. Wenge Musica est un orchestre congolais né à Kinshasa dans les années 1980, devenu dans les années 1990 l’un des principaux acteurs du renouveau de la musique populaire en RDC. Porté par une génération de jeunes artistes, le groupe a imposé un style novateur mêlant rumba et soukous. Après sa dislocation en 1997, plusieurs de ses membres ont créé de grandes formations concurrentes, notamment JB Mpiana avec Wenge BCBG et Werrason avec Wenge Maison Mère. Cette génération a ouvert la voie à de nouveaux artistes majeurs comme Fally Ipupa et Ferré Gola, devenus des figures importantes de la musique congolaise moderne. ACP/ KK

