Kinshasa, 16 avril 2026 (ACP).- Le pape Léon XIV en visite dans le nord-ouest du Cameroun, a dénoncé jeudi la spirale de déstabilisation et de mort sans fin dans les deux régions anglophones du pays, «ensanglantées» par un conflit séparatiste depuis près de dix ans, ont écrit les médias internationaux. «Ceux qui dépouillent votre terre de ses ressources investissent généralement une grande partie des profits dans les armes, dans une spirale de déstabilisation et de mort sans fin», a déclaré le pape américain.
« Les maîtres de la guerre prétendent ne pas savoir qu’il suffit d’un instant pour détruire, alors qu’une vie entière ne suffit souvent pas à reconstruire », a-t-il ajouté.
Il a également précisé que les maîtres de la guerre ferment les yeux sur le fait que des milliards de dollars sont dépensés pour tuer et détruire, tandis que les ressources nécessaires à la guérison, à l’éducation et à la restauration restent introuvables. « Je déplore un monde ravagé par les maîtres de la guerre et par une poignée de tyrans », a-t-il dit. Le souverain pontife a critiqué les dirigeants dépensant des milliards dans la guerre, dénonçant l’usage du discours religieux pour justifier les conflits et a appelé à un changement de cap décisif. « Malheur à ceux qui manipulent la religion et jusqu’au nom même de Dieu pour leur propre profit militaire, économique et politique, entraînant ce qui est sacré dans l’obscurité et la souillure », a-t-il indiqué. « C’est un monde sens dessus dessous, une exploitation de la création de Dieu qui doit être dénoncée et rejetée par toute conscience honnête », a-t-il martelé.
Il a exhorté le gouvernement de ce pays d’Afrique centrale, dirigé par le président Paul Biya, 93 ans et doyen mondial des chefs d’État en exercice, à éradiquer la corruption et à résister « aux caprices des riches et des puissants ».
Le déplacement du pape dans la ville anglophone de Bamenda a suscité un mince espoir de voir progresser une résolution du conflit, enraciné dans l’histoire coloniale et postcoloniale complexe du pays.
Ancienne colonie allemande, le Cameroun a été partagé entre la Grande-Bretagne et la France après la Première Guerre mondiale. La partie française a accédé à l’indépendance en 1960 et a été rejointe un an plus tard par la région occidentale anglophone issue de l’administration britannique, marquée par une forte tradition protestante.
Plus de 6 500 personnes ont été tuées et plus de 500 000 déplacées dans les combats opposant les forces gouvernementales aux groupes séparatistes anglophones, selon l’International Crisis Group. Des prêtres sont régulièrement enlevés contre rançon et certains ont été tués. Une alliance séparatiste a annoncé qu’elle observerait un cessez-le-feu de trois jours afin de permettre aux civils et aux visiteurs de circuler librement pendant la visite du pape.
Les tentatives de médiation en vue d’un accord de paix ont jusqu’à présent échoué, même si Léon XIV s’est réjoui que la crise « n’ait pas dégénéré en guerre religieuse » et s’est dit convaincu que des responsables chrétiens et musulmans pourraient œuvrer à une fin des combats.
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