Kinshasa, 10 juin 2026 (ACP).- Un appel à la restauration du contrôle mutuel a été lancé mercredi à Kinshasa en République démocratique du Congo par un député national, en vue de stopper l’hémorragie financière, au troisième jour du séminaire de renforcement des capacités des partenaires de l’Inspection Générale des Finances (IGF).
« Ce pays nous appartient. Il nourrit l’ambition légitime d’accéder à l’émergence. Une ambition qui passe par une équation simple : restaurer le contrôle mutuel pour stopper l’hémorragie financière », a déclaré Lambert Mende, député national.
Le député national Mende a défendu son idée lors de son exposé centré autour du thème : « Organisation politique et administrative de la RDC, regard rétrospectif sur les rapports entre les trois pouvoirs ».
Selon lui, le manque de séparation effective des pouvoirs fait perdre des milliards de dollars à la RDC, soixante-six ans après son indépendance.
« La séparation des pouvoirs n’est pas qu’une affaire de juristes. C’est d’abord une question de milliards. C’est le coût réel du dérapage institutionnel », a – t – il dit.
Selon l’orateur, les cours et tribunaux, confrontés à un manque de moyens, fragilisent l’efficacité de la justice, ce qui détériore le climat des affaires. « L’investisseur intègre le risque judiciaire dans son business plan. Chaque procès qui traîne, c’est du produit intérieur brut (PIB) qui dort », a-t-il déploré.
Par ailleurs, il a salué l’IGF qui fait figure d’« exception rentable » pour avoir introduit des valeurs porteuses d’un développement autocentré, prouvant ainsi qu’un contrôle rigoureux des finances publiques n’est pas une dépense mais un investissement.
Le fardeau d’une décentralisation mal gérée
En outre, M. Lambert Mende a regretté la question de la gestion des provinces, dotées de compétences propres depuis 2008, indiquant qu’elles croulent sous l’exacerbation des antagonismes communautaires et une corruption généralisée. « Lorsque les recettes locales sont détournées et les projets bloqués, le développement est à l’arrêt. La décentralisation mal gérée devient alors un centre de coûts », a-t-il martelé.
Pour lui, la faiblesse du système judiciaire contamine la collecte des impôts, tout comme la fragilité du Parlement affaiblit le contrôle budgétaire. Face à ce constat, il a appelé le Président de la République, Félix Tshisekedi, à revitaliser la décentralisation, la qualifiant d’impératif économique majeur doté d’un impact direct sur la notation souveraine du pays.
Aussi, le député national Mende a rappelé que la Constitution de 2006, telle que révisée en 2011, a prévu des garde-fous basés sur le principe selon lequel « le pouvoir arrête le pouvoir ». L’exécutif, le Parlement et le Pouvoir judiciaire doivent se contrôler mutuellement via des mécanismes d’équilibre (checks and balances), afin de protéger non seulement les droits des citoyens, mais aussi les deniers publics. « Ce contrôle mutuel constitue un rempart contre le despotisme et contre le gaspillage », a-t-il conclu. ACP/B/M

