Kinshasa, 9 octobre 2026 (ACP).- Le continent africain a lancé à Port-Louis, la capitale de l’île Maurice, son agence de notation de crédit destinée à mieux refléter ses réalités économiques, selon un communiqué de l’Initiative africaine pour la dette et le développement (Afrodad), consulté vendredi par l’ACP.
« Le lancement de l’Agence africaine de notation de crédit (AfCRA) vise à mieux prendre en compte les réalités économiques du continent dans l’évaluation du risque souverain, afin de contribuer à réduire le coût des emprunts et à renforcer la transparence des marchés financiers », a déclaré le Dr Yungong Theophilus, responsable du plaidoyer et de la recherche à l’Afrodad, cité dans le communiqué.
« Elle apportera plutôt une perspective africaine à ces notations et permettra de les comparer, afin de les rendre plus transparentes, plus justes, plus réalistes et plus crédibles », a-t-il ajouté.
Selon lui, les évaluations des trois grandes agences internationales de notation présentent des insuffisances méthodologiques susceptibles de pénaliser les économies africaines, notamment en raison de la prise en compte limitée de certaines activités économiques et des particularités structurelles du continent.
Il a notamment relevé que le secteur informel, qui représenterait entre 25 % et 65 % du produit intérieur brut (PIB) des pays africains, selon les estimations évoquées, demeure insuffisamment pris en compte dans certaines évaluations. Les échanges transfrontaliers et les vulnérabilités liées aux changements climatiques figurent également parmi les facteurs dont l’intégration pourrait améliorer l’analyse du risque souverain.
Le document a indiqué que ces limites peuvent contribuer à renchérir les conditions d’accès des pays africains aux marchés financiers internationaux. Les rendements obligataires de plusieurs pays du continent avoisineraient 10 %, contre moins de 2 % pour certains pays du Nord, selon les données présentées dans ce communiqué.
Pour la cheffe de la finance et de la mobilisation des ressources intérieures à la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA), également citée dans le communiqué, l’AfCRA pourrait contribuer à améliorer les informations disponibles lors des négociations entre les États, leurs créanciers et les investisseurs.
« Une notation crédible peut améliorer l’information, l’analyse et la confiance dont dépendent les négociations sur la restructuration et l’allègement de la dette », a affirmé Mme Sonia Essobmadje.
Elle a précisé que cette nouvelle agence ne pouvait ni restructurer directement la dette des États ni leur accorder un allègement, ces décisions relevant des gouvernements souverains et de leurs créanciers.
Les intervenants ont souligné que la crédibilité de l’AfCRA dépendrait de sa capacité à produire des évaluations indépendantes, fondées sur des données fiables et des méthodologies transparentes.
« L’Afrique n’a pas besoin d’une agence de notation plus généreuse. Elle a besoin d’une architecture de l’information plus complète et d’une institution respectée qui aide les marchés à voir les économies africaines telles qu’elles sont, au-delà des perceptions dépassées », a renchéri Mme Essobmadje.
La représentante de la CEA a insisté sur la nécessité de protéger les analystes contre les pressions politiques et l’influence indue des émetteurs ou des actionnaires, tout en garantissant des mécanismes de contrôle de la qualité, de réexamen des décisions et de déclaration des conflits d’intérêts.
De son côté, l’AFRODAD a plaidé pour une participation active de la société civile à l’examen des méthodologies et au contrôle des évaluations. L’organisation estime que les acteurs de la société civile peuvent contribuer à documenter les réalités économiques locales, les activités informelles et les engagements financiers insuffisamment divulgués.
« La crédibilité des notations dépend de celle des données et des méthodologies qui les sous-tendent », a rappelé le Dr Yungong Theophilus.
L’agence entend compléter les évaluations existantes en proposant une analyse davantage ancrée dans les spécificités économiques du continent, sans se substituer aux agences internationales déjà établies.
ACP/Const

