Kinshasa, 29 septembre 2025 (ACP).- Il s’observe depuis la semaine du lundi 22 septembre 2025 que la monnaie nationale de la République démocratique du Congo (FC) s’est appréciée sur le marché de change, passant de 2.950 FC pour un dollar américain à l’achat et 2.850 à 2.550 voire 2.600 FC à la vente du dollar sur le marché parallèle.
Ce fléchissement du dollar américain sur le marché de change a résulté de l’opération par la Banque Centrale du Congo (BCC) de la vente de devises pour un montant 50 millions USD, en date de 18 août 2025, au taux de change de 2.776 CDF contre 1 USD aux banques commerciales dans le but de stabiliser la monnaie nationale.
Cette mesure a témoigné de l’engagement de la BCC à soutenir le marché de change, renforcer la confiance des acteurs économiques et protéger le pouvoir d’achat des ménages.
Aujourd’hui, cette intervention porte des fruits sur le marché de change parallèle où le dollar américain est changé ce lundi à 2.550 FC voir même 2.500 FC dans les communes périphériques du centre-ville de Kinshasa et 2.600 FC dans le centre-ville. Les billets de francs congolais étant devenus rares sur le marché de change.
« L’intervention de la BCC sur le marché des changes a permis d’éponger une grande quantité de la masse monétaire en circulation avec comme résultat à court terme l’appréciation du franc congolais par rapport au dollar », a dit un opérateur économique sur le marché de Kinshasa Gombe.
Selon la Banque centrale du Congo, l’appréciation du franc congolais face au dollar américain fait suite notamment de la forte demande de la monnaie nationale de la part des opérateurs économiques, lesquels procèdent de la cession de leurs devises pour faire face à la constitution de la réserve obligatoire après actualisation du taux de change appliqué à la réserve obligatoire cristallisée en décembre 2021.
Ce raffermissement du franc congolais est expliqué par deux facteurs principaux, à savoir une sortie nette de devises plus importantes que les entrées, ce qui a entraîné un accroissement de l’offre de dollars sur le marché de change, et une ponction significative de la liquidité intérieure, qui se traduit par une réduction de la demande locale en dollar américain.
A cet effet, le Professeur Daniel Mukoko a fait état d’une amélioration notable du marché de change au cours de ces derniers jours. Selon lui, le raffermissement du franc congolais face au dollar est le fruit d’un travail conjoint entre la Banque centrale et le gouvernement, et non le résultat du hasard.
« La Banque Centrale a procédé à un ajustement du niveau des réserves obligatoires tandis que le gouvernement a poursuivi un resserrement budgétaire, notamment par la bonne gestion des échéances fiscales. Cette coordination a permis au franc congolais de se raffermir. L’objectif est de poursuivre sur cette lancée afin que le taux de change atteigne un niveau compatible avec l’activité économique », a expliqué le ministre Mukoko.
Par ailleurs, le manque d’ajustement des prix sur le marché des biens et services en dépit de l’appréciation de la monnaie nationale face à la devise étrangère s’explique par le fait que les opérateurs économiques écoulent encore des stocks acquis au taux de change antérieur plus élevé, ce qui entraîne la rigidité des prix à court terme.
“On ne guérit pas instantanément le jour où l’on prend le médicament”. Cela met en avant l’idée que la guérison est un processus qui nécessite du temps.
L’effet de l’appréciation du franc congolais face au dollar se manifestera progressivement, au fur et à mesure que les opérateurs économiques intégreront cette nouvelle donne et ajusteront leurs grilles tarifaires.
La baisse des prix est liée à la stabilité du taux de change à moyen et long terme, ce qui nécessite un contrôle permanent de la liquidité.
Tout raffermissement monétaire occasionne des mouvements spéculatifs de la part des opérateurs économiques. Certains acteurs se sont précipités pour céder leurs devises anticipant une poursuite de l’appréciation, tandis que d’autres ont préféré attendre une éventuelle correction.
Toute chose restant égale par ailleurs, la politique de change appliquée en RDC se base sur un régime de change flottant administré. Ce régime assure une volatilité du taux de change. Toutefois, l’autorité monétaire intervient sur le marché pour conforter le niveau des réserves de change et assurer la stabilité du marché monétaire.
La stabilité macroéconomique souffre des effets de la dominance de la politique budgétaire sur la politique monétaire. La gestion des finances publiques doit l’être sans recourir à la planche à billet et aux encours de la BCC.
La primauté devra également être accordée aux francs congolais par rapport aux devises dans toutes les transactions commerciales, en vue de lutter contre la dollarisation, mais surtout renforcer l’appareil de production afin de substituer les importations de biens de première nécessité par une production intérieure accrue.
Des mesures d’accompagnement
La Première ministre, Judith Suminwa qui a présidé la Troïka stratégique a fait part au Conseil des ministres de conclusions de cette cellule gouvernementale, a noté des performances capitalisées en faveur de la population, à savoir le recul de la bi-inflation et une appréciation du franc congolais sur le marché de change, une pression croissante de la masse salariale qui dépasse désormais la moitié des recettes courantes avec comme conséquence la fragilisation des finances et la réduction de la capacité de l’État à investir dans les priorités de développement.
A cet effet, elle a instruit les ministères sectoriels à savoir la Fonction publique, le Budget ainsi que les Finances d’identifier les doublons, les sureffectifs et les avantages indus afin de les corriger.
«Une telle démarche permettra non seulement de maîtriser durablement la masse salariale, mais aussi de dégager des économies significatives pour réorienter les ressources publiques afin de consolider les acquis sociaux et d’améliorer le bien-être de la population », a précisé Judith Suminwa la Première ministre. ACP/C.L.

