Lubumbashi, 6 juillet 2026 (ACP).- La rééducation civique du Congolais est jugée nécessaire afin de relancer le développement du pays dans tous les domaines de la vie, a appris lundi l’ACP au cours d’une interview, dans le cadre du 66 ème anniversaire de l’indépendance de la République démocratique du Congo.
« Il faut rééduquer le Congolais. Le jour qu’il aura la nouvelle éducation, cette nouvelle éducation va provoquer une conscience. C’est le jour que le Congolais sortira de tout son gouffre, de tous ces problèmes qui dérangent son activité économique et sa vie sociale. Il faut dire que c’est l’homme qui est au centre », a le Chef des Travaux Jean-Bosco Kaomba Mutumba de la faculté des Sciences économiques et de gestion de l’Université de Lubumbashi dans le Haut-Katanga.
L’analyste économique estime, en outre, que la principale solution aux difficultés du pays ne réside pas uniquement dans les réformes économiques, mais également, dans la formation de l’homme Congolais.
Il a insisté, au cours de cette interview, sur la nécessité de renforcer le civisme, le patriotisme et le sens de la responsabilité avant d’affirmer que le savoir et le savoir-faire doivent être accompagnés du savoir-être pour assurer une gestion efficace des institutions.
« Une rééducation fondée sur les valeurs citoyennes permettrait de créer les bases d’un développement durable et d’une meilleure gouvernance », a dit Jean-Bosco Kaomba Mutumba.
Les infrastructures, moteur de l’émergence
Il a également recommandé d’investir massivement dans les infrastructures de transport afin de connecter efficacement l’ensemble du territoire national avant de préconiser, à cet effet, la réhabilitation des routes, des chemins de fer, des voies navigables, des ports ainsi que des aéroports pour faciliter les échanges économiques et renforcer l’intégration nationale.
A ce sujet, il a vivement salué les efforts du Président de la République, Felix Antoine Tshisekedi Tshilombo qui a lancé plusieurs chantiers qui désenclavent différents principaux centres du pays.
« Le jour où le Congolais sera bien éduqué et où le pays sera efficacement relié par ses infrastructures, la République démocratique du Congo pourra véritablement amorcer son émergence », a-t-il affirmé.
Parlant de l’évolution économique, il a fait allusion aux entreprises héritées de la période coloniale.
« L’évolution économique du pays a connu plusieurs phases. Les premières années de l’indépendance ont bénéficié des infrastructures et des entreprises héritées de la période coloniale, avant une période de croissance sous le régime du Zaïre portée notamment par la Gécamines, la SNCC, la MIBA et d’autres entreprises publiques », a-t-il dit
Il a, toutefois, souligné que cette dynamique s’est progressivement dégradée à partir des années 1990 avec la politisation des entreprises publiques, la baisse de la production et les différentes crises politiques et sécuritaires.
Une économie fragilisée depuis les années 1990
Jean-Bosco Kaomba Mutumba a rappel é que la véritable rupture économique est intervenue au début des années 1990 avec l’instauration du multipartisme, période durant laquelle les préoccupations politiques auraient progressivement pris le dessus sur les impératifs économiques.
Il a expliqué que la gestion des entreprises publiques a été davantage influencée par des considérations politiques que par les compétences techniques, entraînant une baisse de leur performance et de leur contribution au produit intérieur brut.
Selon lui, cette évolution a marqué le début d’une longue crise économique dont les effets continuent de peser sur la croissance et les conditions de vie des Congolais.
Le boom minier n’a pas profité à la population
L’économiste a cependant reconnu que l’ouverture du secteur minier aux investissements étrangers a permis une hausse importante de la production minière, notamment du cuivre et du cobalt.
« Le boom minier observé entre 2006 et 2014 n’a pas suffisamment amélioré les conditions de vie des Congolais. Cette croissance est restée largement alimentée par les investissements étrangers, limitant les retombées directes pour l’économie nationale et le pouvoir d’achat de la population », a révélé Jean Bosco Kaomba
Il a estimé que cette croissance est demeurée essentiellement exogène, les principaux bénéfices revenant aux investisseurs étrangers tandis que l’État ne percevait principalement que les recettes fiscales.
Il a plaidé pour une redynamisation des entreprises minières publiques, particulièrement la Gécamines, afin que les richesses du sous-sol contribuent davantage au développement économique national.
ACP/MM/MUD

