Plus de 12.000 km de titres miniers de deux sociétés de Kabila en déchéance

Kinshasa, 14 mai 2026 (ACP).- 12.767,5 km² de titres miniers de deux sociétés opérant en République démocratique du  Congo (RDC) dans des zones stratégiques du Kwango, du Kwilu, du Maï-Ndombe, du Kongo  Central et du Kasaï  ont été classés en déchéance pour non-paiement des droits superficiaires annuels, selon un communiqué du Cadastre minier (CAMI) consulté mercredi par l’ACP. 

« Deux sociétés régulièrement citées dans des publications antérieures comme  proches de l’ancien Président Joseph Kabila, notamment la société Acacia et Kwango Mines détentrices de 90 titres miniers octroyés entre 2003 et 2007, répartis en 15.029 carrés couvrant 12.767,5 km² dans des zones stratégiques du Kwango, du Kwilu, du Maï-Ndombe, du Kongo  Central et du Kasaï  sont  désormais classées en déchéance pour non-paiement des droits superficiaires annuels », a-t-on lu.

Selon la source, l’État congolais entend reprendre la main sur de vastes espaces miniers longtemps immobilisés, avec l’ambition affichée de mieux faire bénéficier le Trésor public et l’économie nationale des richesses du sous-sol. 

« Depuis 2023, la direction générale du  CAMI mène une campagne d’assainissement du fichier cadastral fondée sur un contrôle élargi de la régularité des titres miniers et des carrières. Selon les chiffres avancés par l’administration, plus de 50.000 km² auraient déjà été récupérés en trois ans », a rapporté le document.

Le communiqué a, à cet effet, précisé que tout titulaire qui ne respecte pas ses obligations légales, s’expose à une remise en cause de ses droits. Le  Président de la République, Félix Antoine Tshisekedi, l’a rappelé dans son dernier discours à la nation, en présentant l’assainissement du fichier cadastral comme l’un des marqueurs de la réforme de la gouvernance minière. 

Récupération des périmètres détenus par des opérateurs jugés défaillants

La source a, à cet effet, indiqué que l’objectif  du  Cadastre  minier est de récupérer  les périmètres détenus par des opérateurs jugés défaillants ou inactifs, afin de les rendre disponibles pour des investissements considérés comme plus crédibles.

Dans cette dynamique, le CAMI vise, notamment les titres détenus en défaut de paiement des droits superficiaires,  ceux qui ne respectent pas les délais légaux de démarrage des travaux, ainsi que les titres expirés encore maintenus dans le fichier cadastral. Déterminé à faire appliquer les textes légaux et réglementaires dans le périmètre de ses compétences, le CAMI poursuit donc une opération  qui  touche désormais à certains des portefeuilles miniers les plus sensibles du pays.

Le cadre légal est explicite à ce sujet. L’article 198 du code minier, ainsi que les articles 394 et 395 du règlement minier, imposent à tout titulaire de droit minier  le paiement annuel des droits superficiaires par carré. Pour les permis de recherche, d’autres obligations existent également, notamment la transmission des rapports d’activités, le dépôt d’échantillons, la tenue des registres de prospection et le respect des exigences environnementales.

Deux sociétés, une potentielle emprise minière géante !

Par ailleurs,  les 12.767,5 km² détenus par Acacia et Kwango Mines représentent une superficie supérieure à celle de la ville de Kinshasa. D’Ouest en Est, cet ensemble s’étend du Kongo  Central, notamment dans les territoires de Luozi, Seke-Banza et Tshela, longe  la frontière  entre  le Kwango et l’Angola, puis se prolonge jusqu’au Kasaï, dans le territoire de Kamonia.

Il dessine une sorte de chaîne minière allant de Kahemba à Bagata, en passant par  plusieurs  zones  stratégiques  du  Kwango, notamment Popokabaka et Kasongo-Lunda. Dans le détail, Kwango Mines détient 47 titres miniers représentant 6.218 carrés, soit 5.282,5 km².

Acacia, elle, en détient 43, totalisant 8.811 carrés sur 7.485 km². Les principales substances concernées incluent la bauxite, l’or et le diamant.  Cette géographie ne traduit pas seulement une addition de droits. Elle dessine une emprise minière cohérente, constituée sur des espaces à fort potentiel et aujourd’hui exposée à une remise en cause administrative d’ampleur.

Pour de nombreux observateurs, l’éventuelle déchéance de ces titres pourrait ouvrir la voie à une réallocation plus transparente des opportunités minières, au bénéfice d’opérateurs nationaux ou étrangers capables d’engager des recherches minières et, le cas échéant, de développer effectivement ces périmètres.

En toile de fond, c’est bien la question de  la gouvernance du secteur minier congolais qui est posée : celle de la fin des privilèges, de la lutte contre l’inertie administrative et du respect effectif de la loi.

À l’heure où la RDC cherche à attirer de nouveaux investisseurs, cette réforme pourrait constituer un tournant stratégique pour restaurer la crédibilité, la transparence et l’attractivité du secteur minier.

ACP/

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