Tout, ou presque, a été dit la semaine dernière en République démocratique du Congo sur le message puissant et historique du chef de l’État, Félix Tshisekedi, prononcé à Houston, aux États-Unis d’Amérique, en marge du soutien présidentiel aux Léopards pour la Coupe du Monde FIFA 2026.
Tout a été commenté, sur tous les tons, en toutes les langues. Tout, excepté l’essentiel.
À savoir que l’école confère ce privilège rare : savourer à leur juste mesure les mets exquis de l’esprit et les vins rares de la pensée, accessibles seulement aux dieux assis sur l’Olympe et à leurs anges.
Dans ce sanctuaire, les invités d’élite ne s’étonnent ni des paraboles, ni des symboles qui tissent la langue des dieux. Ils reconnaissent la poésie sacrée et les figures de style qui l’ornent.
Car seule l’instruction donne la clé pour goûter aux choses les plus hautes de l’esprit, et pour en tirer le bénéfice qui leur revient.
Ainsi, les « chiens de chasse » ne sauraient représenter que la garde multiple d’un dirigeant, tandis que les « chiens de garde » incarnent la force et la technicité de sa garde rapprochée. Il n’en faut pas davantage.
Les Congolais, ces ex-Zaïrois si féconds en paradoxes, ont su autrefois enrichir leur lexique idéologique. À l’avènement de l’AFDL en mai 1997, ils décrétaient qu’il leur serait doux d’être gouvernés par un « chien » plutôt que de demeurer sous le joug du maréchal Mobutu.
Plus près de nous, Julien Paluku, ancien gouverneur du Nord-Kivu, a témoigné du mépris que Paul Kagame affichait devant un ministre belge, à l’égard du « chien » qui veillait sur les intérêts de son pays en RDC. Et l’ancien ministre, actuellement opposant, Makila Sumanda, dans un élan de franchise, s’indignait déjà que le Rwanda dirigeât inexplicablement le Congo.
Parvenu au sommet de l’État, dépositaire des secrets les plus pointus, le président Tshisekedi ne pouvait qu’établir ce constat accablant : des ennemis sont entrés, avec des complices à l’intérieur. En évoquant le destin tragique de Laurent-Désiré Kabila, il a saisi l’enjeu vital de la souveraineté congolaise, et désigné ceux qui, après lui, ont pactisé avec l’étranger au détriment de la patrie.
Ceux qui ont fréquenté les bancs de l’école se souviennent de Corneille. Dans _Le Cid_, il évoque cette « douce clarté qui tombe des étoiles » sur les côtes de Castille, à la veille de l’invasion des Maures. Métaphore sublime, non accusation.
Or, ceux qui se sont indignés du discours présidentiel n’ont pas perçu la portée de cette figure. Et dans leur incompréhension, ils se sont montrés plus cruels encore envers celui qu’ils prétendent défendre.
Le verdict est implacable : le chef de l’État n’a nommé personne. Mais des esprits égarés se sont acharnés à convaincre les Congolais que celui qui protège les intérêts rwandais en RDC ne peut être que Joseph Kabila.
Cruel syllogisme, bâti à la hâte en réponse à une métaphore savoureuse : c’est toujours celui qui se sent morveux qui se mouche. Et ici, il le fait, bruyamment.
ACP/Bienvenu-Marie Bakumanya

