Kinshasa, 19 juillet 2026 (ACP).- Une réforme en profondeur de la gouvernance électorale en République démocratique du Congo, afin de mettre fin aux processus électoraux « conflictogènes, onéreux et inachevés » observés depuis 2006, a été recommandée dans une thèse soutenue samedi à l’Université pédagogique nationale (UPN), à Kinshasa
« Instituée par la Constitution de la République démocratique du Congo, la Commission électorale a, lors de sa création, cristallisé d’importantes attentes quant à la consolidation du processus démocratique. Toutefois, près de deux décennies plus tard, cette institution d’appui à la démocratie fait l’objet de nombreuses suspicions, de contestations récurrentes et de vives appréhensions au sein de la classe politique comme de l’opinion publique », a déclaré le chef de travaux Jean-Baptiste Itipo, auteur de la thèse.
Selon les conclusions de cette recherche doctorale, les quatre cycles électoraux organisés depuis l’instauration de la Commission électorale nationale indépendante (Céni) n’ont pas permis de consolider durablement la démocratie, ni de restaurer la confiance des citoyens envers les institutions électorales.
« Les difficultés persistantes relèvent davantage de l’incapacité structurelle à consolider une Commission électorale véritablement indépendante, impartiale et professionnelle, garante de scrutins transparents, crédibles et conformes aux standards démocratiques », a soutenu le chercheur.
L’étude a conclu que la composition actuelle de la Céni, héritée du principe de « partage équitable » issu des accords de « Sun City », favorise la politisation de l’organe de gestion des élections et compromet son indépendance.
« Le maintien de ce principe dans l’architecture institutionnelle électorale tend à consacrer une surreprésentation des acteurs politiques au sein de l’organe de gestion des élections, pourtant appelé à exercer ses missions dans un cadre de neutralité et d’impartialité », a expliqué l’auteur.
Au regard de ces constats, la thèse a proposé la mise en place d’une Céni pérenne, indépendante des contingences politiques et installée suffisamment tôt avant chaque cycle électoral afin de permettre une meilleure préparation des opérations électorales.
Le chercheur a également recommandé une répartition plus équilibrée des responsabilités entre la Céni, l’administration publique et les autres institutions de l’État, notamment pour les opérations d’identification et d’enrôlement des électeurs ainsi que pour la cartographie électorale.
« Les communes, secteurs et chefferies devraient être véritablement impliqués dans ces opérations afin de renforcer l’efficacité du processus électoral », a-t-il préconisé.
Une réforme de la législation électorale
Par ailleurs, la rationalisation des coûts des élections a figuré également parmi les principales propositions de la recherche. « L’étude suggère une réforme de la législation électorale visant à réduire le nombre de scrutins organisés au cours d’un même cycle électoral, estimant que leur multiplication contribue à l’explosion des dépenses publiques. Elle préconise aussi l’organisation, avant le cycle électoral de 2028, d’un recensement général de la population afin de doter le pays d’un fichier général fiable pouvant servir de base à un fichier électoral permanent », a recommandé M. Itipo.
« Il est temps que la RDC se réapproprie l’acte électoral comme un acte de souveraineté populaire et mette progressivement fin à sa dépendance extérieure dans l’organisation matérielle et financière des élections », a-t-il martelé.
L’auteur considère que la consolidation de la démocratie congolaise ne dépend pas uniquement de la tenue régulière des élections, mais surtout de la capacité de l’État à construire des institutions électorales crédibles, stables et professionnelles.
« Les approches et orientations proposées devraient aider les dirigeants congolais, les membres de la Céni ainsi que les chercheurs à sortir des processus électoraux +conflictogènes, onéreux et inachevés+ », a-t-il conclu.
Après débat et délibération, le candidat a été proclamé docteur en sciences Historiques, avec mention « la plus grande distinction ». ACP/N/K

