Kinshasa, 21 juillet 2026 (ACP).- Le recours aux concertations plutôt qu’au dialogue est nécessaire pour préserver les intérêts de la République démocratique du Congo (RDC) et ne pas oublier les victimes des violences dans l’Est du pays, a déclaré mardi à l’ACP, un historien et professeur émérite.
« Eu égard de ce qui s’est passé au pays, le Chef de l’État n’inaugure pas une nouveauté, il a toujours, de tout temps, invité les Congolais à un dialogue, à se mettre ensemble. D’ailleurs, j’ai toujours écrit qu’au lieu de dialogue, le Chef de l’État pouvait parler de concertation », a déclaré le professeur Kambayi Bwatshia.
Selon lui, le terme « concertation » correspond mieux à la démarche visant à réunir les forces vives du pays autour des questions d’intérêt national, contrairement au dialogue qui, d’après lui, suppose l’existence d’un désaccord entre les parties prenantes.
« Dialoguer signifie prendre les gens de gauche à droite pour parler du bien de notre pays, or dialogue signifie également les gens qui ne s’entendent pas sur quelque chose. Au pays ici, il y a un groupe qu’on a appelé des rebelles, ce sont ceux qui ont agressé notre pays, avec des morts, des déplacés et tout le monde le sait », a-t-il expliqué.
Le professeur Bwatshia s’est dit opposé à toute démarche qui mettrait sur le même pied les victimes et les personnes accusées d’avoir pris les armes contre la République.
« On ne peut pas aujourd’hui se mettre à la table avec ceux qui nous ont agressés, ceux qui nous ont volés, les condamnés, même les condamnés à mort », a-t-il soutenu.
La notion d’inclusivité ne doit pas effacer les responsabilités
L’ancien recteur de l’Université des sciences de l’information et de la communication (Unisic) a également insisté sur la nécessité de clarifier la notion d’inclusivité dans le cadre des concertations annoncées.
« Il ne faut pas avoir l’idée dans l’esprit que le Chef de l’État, quand il parle du dialogue, veut appeler tout le monde, même les criminels, s’asseoir à une même table et après dire qu’il faut inclure tout le monde », a-t-il affirmé.
Pour lui, le principe d’inclusion ne devrait pas signifier l’effacement du passé ni l’oubli des souffrances subies par les populations de l’Est de la RDC.
« On peut oublier le passé, mais si on appelle tout ce monde-là, même ceux qui ont tué, même les condamnés à mort, même les étrangers, qu’est-ce qu’on fait des victimes, tous ces Congolais qui sont morts dans l’Est, qu’est-ce qu’on fait de leurs parents ? », s’est-il interrogé.
Des concertations entre institutions nationales
Le professeur Bwatshia a plaidé pour des concertations impliquant les institutions nationales, tout en excluant, selon lui, ceux qui chercheraient à déstabiliser la République.
« Le problème ici, c’est le Chef de l’État qui convoque les fameuses concertations et que cela se tienne au pays. Ce sont les institutions du pays qui doivent se mettre à table en excluant tous ceux qui veulent nous contrôler, tous ceux qui ont injurié la République », a-t-il indiqué.
Il a précisé que les cas de certains acteurs ayant pris les armes devraient être examinés individuellement, conformément à l’approche évoquée par le Président de la République.
Kambayi Bwatshia est historien, professeur émérite et ancien ministre de l’Enseignement supérieur, universitaire et de la Recherche scientifique sous la deuxième République.
ACP/ G.E.

