Kinshasa, 12 août 2026 (ACP).- Dans un contexte colonial marqué par les réquisitions, les travaux forcés et le mépris de l’homme noir, Isidore Bakanja se distingue par son rapport au travail. Loin de considérer celui-ci comme une simple contrainte destinée à assurer sa subsistance, il l’accomplit avec assiduité, honnêteté et abnégation, convaincu qu’il constitue aussi une manière de servir Dieu et de se rendre utile à ses frères et sœurs.
Doux, ponctuel, courageux et intègre, il est apprécié de ses collègues et de son entourage pour la qualité de son travail et son sens du devoir. Sa manière de vivre au quotidien devient progressivement un témoignage silencieux de sa foi. Pour lui, bien travailler, respecter les autres et accomplir ses responsabilités avec conscience sont autant de façons de mettre en pratique l’Évangile.
C’est à Busira, dans le territoire de Bolomba, alors situé dans la province de l’Équateur, qu’il rencontre les missionnaires trappistes. Cette rencontre marque un tournant dans son parcours. Il découvre la foi catholique, demande le baptême et devient un catéchumène fervent. Sa foi nouvellement découverte ne reste cependant pas confinée à la pratique religieuse : elle s’inscrit dans son comportement, son rapport au travail et ses relations avec les autres. Chez Bakanja, la foi devient ainsi une manière de vivre et de servir.
Le martyre : mourir pour un bout de tissu
Isidore Bakanja s’est distingué, tout au long de sa vie, par un signe auquel il demeurait profondément attaché : le scapulaire. Ce petit morceau de tissu, porté autour du cou et reçu des missionnaires, représentait pour lui bien plus qu’un objet de piété. Il était un signe de son appartenance au Christ et à la Vierge Marie, qu’il refusait d’abandonner, même dans son travail. Dans la société coloniale de l’époque, ce choix pouvait pourtant être perçu comme un acte de désobéissance. Certains colons considéraient en effet qu’un « boy » devait avant tout être soumis et obéissant, sans volonté ni conviction propres. En portant ouvertement son scapulaire, Isidore Bakanja affirmait ainsi sa foi, mais aussi sa dignité et sa liberté de conscience face à l’ordre colonial.
En 1909, son maître découvre le scapulaire au cou, fou de rage, il l’accuse de désobéissance et de vouloir « se prendre pour un blanc », le fait fouetter publiquement, puis le fait enchaîner. Pendant plusieurs jours, Isidore est battu, privé de nourriture et d’eau. On lui demande d’abandonner le scapulaire et sa foi. Sa réponse ne varie pas : « Je suis chrétien ».
Transféré à la mission de Busira, il meurt des suites de ses blessures le 12 avril 1909, en pardonnant à ses bourreaux. Son dernier mot aurait été une prière.
Isidore Bakanja, martyr de la foi et modèle de dignité au travail
L’Eglise catholique a reconnu Isidore Bakanja comme martyr et bienheureux parce qu’il est mort « in odium fidei », expression latine qui signifie « par haine de la foi ». Il a refusé de renier le Christ, même au prix de sa vie.
Mais Isidore Bakanja n’est pas seulement un martyr de la foi. Il est également considéré comme le patron des travailleurs. Dans un pays où la valeur du travail est encore souvent bafouée, son parcours rappelle trois valeurs essentielles : la dignité du travail, l’intégrité et le pardon.
Isidore Bakanja est né vers 1885 à Bokendela, dans l’actuelle province de l’Équateur. Issu de l’ethnie Nkundo, il quitte très jeune son village à la recherche d’un emploi. À Busira, il travaille comme « boy » auprès d’un fonctionnaire belge, M. Van Cauter.
Le 12 avril 1909, dans une petite hutte de Busira, au cœur du Congo belge, s’éteint un jeune homme âgé d’environ 24 ans. Son corps porte les traces de graves violences. Son nom : Isidore Bakanja.
Quatre-vingt-cinq ans plus tard, le 25 avril 1994, l’Église catholique a reconnu officiellement son témoignage de foi. Le pape Jean-Paul II le béatifie à Rome, en présence de nombreux Congolais. Sa mémoire liturgique est célébrée chaque 12 août.
Plus d’un siècle après sa mort, Isidore Bakanja demeure le symbole d’une foi restée ferme face aux épreuves et d’une conception du travail fondée sur la dignité et l’intégrité.
Il n’était ni chef, ni intellectuel, ni homme fortuné. Il était un simple travailleur. C’est précisément dans cette condition que réside une part essentielle de sa grandeur. Dans sa faiblesse, il a manifesté la force de sa foi et, dans sa condition de « boy », il a témoigné de la dignité de l’homme face aux réalités du système colonial.
Son parcours rappelle également que le travail peut être un acte de responsabilité et de service. Pour Bakanja, accomplir son travail avec sérieux, honnêteté et abnégation constituait une manière de servir Dieu et ses semblables.
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