Kinshasa, 13 mai 2026 (ACP).- La Constitution du 18 février 2006 de la République démocratique du Congo ‘’semble aujourd’hui atteindre les limites de sa logique historique’’, a dit le président de la Coalition citoyenne pour la nation, lors d’une conférence de presse tenue, mercredi à Kinshasa.
« Depuis plusieurs semaines, certains tentent de présenter tout débat autour de la Constitution comme une menace pour la démocratie. Une telle posture relève davantage de la peur du débat que du respect de l’État de droit. (…) La Constitution du 18 février 2006, bien qu’elle ait permis d’assurer une certaine transition démocratique, semble aujourd’hui atteindre les limites de sa logique historique », a déclaré l’archevêque Ejiba Yamapia, président de cette structure citoyenne.
Il a ajouté que cette Constitution, conçue dans un contexte post-conflit à la suite de l’Accord global et inclusif de Sun City, reflète avant tout un compromis politique entre les différentes parties belligérantes plutôt qu’un véritable projet de développement à long terme. « Vingt ans plus tard, la République démocratique du Congo fait face à des défis existentiels majeurs : l’agression extérieure persistante dans l’Est du pays, l’instabilité des exécutifs provinciaux, le poids budgétaire d’un système politico-administratif jugé trop lourd ainsi que certaines
contradictions institutionnelles et culturelles », a soutenu le président de la Coalition citoyenne pour la nation, avant d’insister sur le changement de la Constitution dans le but de rendre la gestion de l’État plus efficace, transparente et responsable.
« Le contexte actuel exige donc une transition : passer d’une Constitution de gestion des crises à une Constitution de développement et de souveraineté intégrale, capable de garantir l’efficacité de l’action publique ainsi que la protection de la patrie. Plusieurs éléments militent ainsi en faveur d’un changement constitutionnel : les impératifs de souveraineté nationale, l’adaptation aux réalités socioculturelles du pays, la recherche d’une plus grande efficacité institutionnelle, la nécessité de mettre fin aux blocages politiques récurrents liés
aux motions parlementaires, ainsi que l’urgence sécuritaire », a-t-il argumenté.
Changement de la Constitution pour quel impact

Une vue des participants
Sur le plan de la gouvernance politique, l’archevêque Ejiba a estimé que le changement constitutionnel pourra conduire à la fin du régime semi-parlementaire, souvent considéré comme une source d’instabilité à travers les motions de censure répétitives, au profit d’un régime plus stable permettant une exécution plus fluide du programme gouvernemental.
Dans le domaine économique, a-t-il dit, cette réforme vise à rationaliser les institutions afin de réduire le train de vie de l’État. Le président de cette coalition citoyenne a estimé par ailleurs que certaines réformes institutionnelles sont nécessaires pour répondre aux exigences de partenariats internationaux, notamment dans le cadre d’accords conclus avec des partenaires étrangers. Sur le plan social, Ejiba Yamapia a soutenu que celle-ci va renforcer la garantie de la gratuité de l’enseignement et de l’accès aux soins de santé de base, en les érigeant en priorités constitutionnelles assorties de budgets sanctuarisés.
En matière diplomatique, une révision constitutionnelle permettrait, selon lui, de renforcer la souveraineté du pays dans la conclusion des traités internationaux, notamment en matière de coopération militaire et sécuritaire dans l’Est. Concernant l’intégrité territoriale, il a estimé que la réforme pourrait renforcer les pouvoirs du Chef de l’État en tant que garant de l’unité nationale, notamment dans la gestion des états d’urgence et de siège face aux menaces sécuritaires.
Sur la question de la souveraineté, l’archevêque Ejiba a évoqué une possible révision du régime de la nationalité afin de prévenir toute infiltration et de sécuriser les fonctions régaliennes de l’État.
« La réforme pourrait également prévoir un verrouillage constitutionnel strict de l’accès aux plus hautes fonctions de la République notamment la présidence, la primature, les ministères régaliens ainsi que le commandement de l’armée et de la police réservé aux Congolais nés de père et de mère congolais », a-t-il dit.
Recommandations
Dans ce cadre, le président de cette structure citoyenne a recommandé aux acteurs politiques de privilégier le consensus républicain et d’éviter de transformer le débat constitutionnel en confrontation partisane. S’adressant à la société civile, tant confessionnelle que non
confessionnelle, Ejiba Yamapia l’a invitée à jouer un rôle d’observateur critique mais constructif. Selon lui, il ne s’agit pas de rejeter le projet par simple opposition de principe, mais plutôt de veiller scrupuleusement à la préservation des acquis démocratiques, notamment les
libertés fondamentales, l’alternance politique ainsi que l’indépendance de la justice.
Il a souligné que ce débat constitue avant tout une question citoyenne qui concerne l’ensemble des Congolais, sans distinction.
ACP/C.L.

