Stabilité stratégique entre la Chine et les États-Unis : Quel impact sur la RDC ?

Kinshasa, 16 octobre 2026 (ACP).- Après avoir déclenché une guerre commerciale contre la Chine, Donald Trump et Xi Jinping se sont accordés sur une nouvelle vision constructive des relations sino-américaines. Celle-ci repose sur la stabilité stratégique et la coexistence harmonieuse entre grandes puissances. Les deux dirigeants se sont engagés à coopérer, à modérer leur concurrence, à gérer leurs divergences et à préserver la paix.

Cette entente bilatérale aura nécessairement un impact sur les relations de la Chine et des États-Unis avec la RDC. Les deux puissances sont en compétition pour le contrôle des minerais critiques congolais, indispensables à leurs industries de haute technologie.

En effet, les technologies liées à l’intelligence artificielle, qui ont des implications commerciales et militaires, dépendent des données et des minerais critiques. Une grande partie de ces ressources se trouve dans le sous-sol congolais. La RDC est le premier producteur mondial de coltan, bien qu’une partie soit exportée en contrebande par le Rwanda. Elle est également le premier producteur mondial de cobalt et le deuxième producteur mondial de cuivre.

Ces minerais placent la RDC au centre des enjeux géopolitiques ainsi que de la transition énergétique et numérique du XXIᵉ siècle. Le cobalt est indispensable à la fabrication des batteries des véhicules électriques et des appareils portables. Le cuivre est essentiel au développement de l’intelligence artificielle, car il sert de matière première pour alimenter et refroidir les gigantesques infrastructures qui la font fonctionner.

Le coltan sert à fabriquer les condensateurs électroniques utilisés dans les smartphones, les ordinateurs portables, les tablettes et les objets connectés. Ses dérivés, le tantale et le niobium, entrent dans la composition d’alliages résistants destinés aux réacteurs d’avions et aux missiles. Ils sont également utilisés dans le secteur médical et dans l’électronique des voitures électriques.

Face à la position centrale de la RDC dans la production de ces minerais critiques, la relation sino-américaine fondée sur la stabilité stratégique pourrait avoir plusieurs effets sur le pays.

Le premier concerne la stabilisation de l’État congolais. Pékin et Washington pourraient coopérer pour mettre fin à la guerre en RDC. Une grande partie des minerais qui alimentent ce conflit est expédiée en Chine, où elle est transformée pour répondre aux besoins des industries mondiales.

L’accord de partenariat stratégique signé entre les États-Unis et la RDC en décembre 2025 en a déjà donné les premiers signes. Il souligne la nécessité d’un secteur minier fonctionnant conformément à la loi, avec intégrité, responsabilité et transparence. Il doit garantir une gestion responsable des ressources minérales, au bénéfice à long terme des peuples congolais et américain.

En outre, cet accord n’interdit pas au gouvernement congolais de conclure d’autres partenariats avec d’autres puissances.

La stabilisation de l’État congolais contribuerait également à assainir un secteur minier gangrené par la mafia. Elle permettrait d’instaurer une concurrence modérée et une coopération gagnant-gagnant entre la Chine, la RDC et les États-Unis, tout en mettant fin au pillage des richesses congolaises, qui dure depuis trente ans.

Cette coopération pourrait aussi contribuer à neutraliser les réseaux mafieux en RDC et s’inscrire dans la lutte contre la corruption engagée par le président Xi Jinping en Chine depuis 2013. La campagne anticorruption chinoise a contraint la mafia à quitter ses bases historiques de Hong Kong, de Macao et de la Chine continentale pour s’installer au Cambodge, aux Philippines et dans d’autres pays d’Asie du Sud-Est (Foreign Affairs, 21 août 2026).

Il n’est donc pas exclu que certains de ces réseaux opèrent déjà en RDC, notamment dans les zones minières où les casinos se sont substitués aux banques commerciales. Les casinos privés chinois présents au Katanga et à Kinshasa brassent des millions de dollars en liquide. Ils fragilisent l’économie congolaise et, dans une moindre mesure, peuvent également affecter l’économie chinoise. Cette situation concerne aussi des réseaux occidentaux, libanais et indo-pakistanais.

L’administration Trump a déjà ouvert la voie en sanctionnant des sociétés qui contribuent au pillage des richesses de la RDC et entretiennent la guerre dans les provinces de l’Est. Les Américains et les Congolais attendent désormais des Chinois qu’ils s’associent à cette lutte contre la criminalité.

Si les élites congolaises ne saisissent pas l’occasion offerte par la stabilité stratégique entre les États-Unis et la Chine, le risque que Washington et Pékin trouvent un compromis aux dépens de la RDC sera élevé. La vente de la société minière Tenke Fungurume en fournit une illustration.

En 2016, l’entreprise américaine Freeport-McMoRan a cédé sa participation majoritaire dans l’une des plus grandes mines de cuivre et de cobalt au monde à la multinationale chinoise China Molybdenum, sans consulter le gouvernement congolais.

En définitive, le risque existe de voir la RDC réduite au rôle de réservoir de matières premières pour les industries chinoises et américaines, comme ce fut le cas durant la période coloniale.

ACP/

Fil d'actualités

Sur le même sujet