Kinshasa, 23 mai 2026 (ACP).- Les réactions des banques de la République démocratique du Congo aux politiques monétaires, dans un contexte marqué par la dollarisation, l’instabilité et la faiblesse de la transmission monétaire, ont été analysées samedi, lors d’une soutenance de thèse doctorale à l’Université pédagogique nationale (UPN), à Kinshasa.
« La présente thèse, consacrée à Règle de Taylor et comportement des banques commerciales en République démocratique du Congo modélisation de la réaction asymétrique à l’inflation et à l’écart de productions, s’est inscrite au cœur d’une problématique politique monétaire dans un pays où les réalités structurelles se heurtent parfois aux prescriptions à la fois économique, institutionnelle et profondément humaine, celle de la conduite des théoriques les plus établies », a déclaré le chef de travaux Jean-Bosco Tshimanga, auteur de la thèse.
Il a expliqué que son étude reposait sur l’idée selon laquelle la règle de Taylor, considérée comme l’un des principaux repères normatifs de la politique monétaire contemporaine, pourrait offrir au système financier congolais une grille de lecture pertinente pour comprendre, anticiper et orienter la dynamique des taux d’intérêt.
« Mais cette étude s’est aussi construite sur la conviction qu’aucun modèle, si robuste soit-il, ne peut être transposé sans discernement dans un environnement marqué par l’instabilité, l’historicité des pratiques bancaires, l’ancrage psychologique de la dollarisation et les contraintes institutionnelles qui pèsent sur la Banque Centrale du Congo », a ajouté le chef des travaux Tshimanga, tout en précisant que les résultats ont montré que les banques congolaises ne se conforment pas mécaniquement à la logique normative de la règle de Taylor.
« L’ajustement est partiel et fragmenté, variant selon les périodes, les chocs macroéconomiques et les stratégies propres aux établissements. L’inflation influence les taux bancaires, mais cet effet est souvent altéré par la dépendance au dollar américain. L’écart de production a en revanche un lien ténu avec la formation des taux, révélant une transmission monétaire encore insuffisante vers l’économie réelle », a-t-il poursuivi.
Par ailleurs, le récipiendaire a mis en évidence une lenteur significative de l’ajustement des taux vers le taux théorique de Taylor, signe d’une inertie structurelle.
« Face à la volatilité du franc congolais et aux chocs extérieurs, les banques privilégient la précaution et la préservation de la solvabilité plutôt qu’une réaction systématique aux signaux domestiques », a-t-il fait savoir.
L’étude a conclu que le canal des taux d’intérêt fonctionne avec une efficacité réduite en RDC, en raison de la dollarisation avancée, de la faible bancarisation, de la profondeur financière limitée et d’une confiance fragile dans la monnaie nationale.
L’impétrant a formulé plusieurs recommandations, notamment le renforcement de la communication monétaire et la publication d’un taux directeur théorique adapté, la stabilisation de la monnaie nationale, le développement des instruments financiers en franc congolais, l’amélioration de l’analyse macroéconomique interne des banques, la réduction de la dépendance au dollar, ainsi que l’accélération des réformes statistiques et de l’inclusion financière afin d’accroître l’impact de la politique monétaire sur l’économie réelle.
Après débat et délibération, Jean-Bosco Tshimanga a été proclamé docteur en Sciences économiques avec mention «la plus grande distinction ». ACP/

