Kisangani, 15 juillet 2026 (ACP).- La perception de la maladie à virus Ebola, une première épidémie du genre qui sévit dans la province de la Tshopo, demeure partagée entre doute et réalité dans la population de Kisangani, chef-lieu de la province de la Tshopo, selon un vox pop réalisé mercredi par l’ACP.
«Pour moi, Ebola est une réalité. L’un de mes anciens voisins à Bunia, médecin de profession, est décédé de cette maladie. À Kisangani également, j’ai vu un patient atteint d’Ebola être transféré à l’hôpital du Cinquantenaire. Aujourd’hui, les gens achètent des masques, se lavent régulièrement les mains et évitent les poignées de main. Tous ces comportements montrent que cette maladie est bien réelle», a déclaré Emmanuel Losilo, vice-président de l’Union des jeunes taximen de Kabondo.
Dans les lieux publics, les marchés et d’autres espaces de grande fréquentation, la vie semble se poursuivre comme avant l’apparition de cette épidémie, la première enregistrée dans la province de la Tshopo depuis le démembrement de l’ancienne Province Orientale, intervenue en 2015.
Les poignées de main demeurent fréquentes, les dispositifs de lavage des mains restent quasi inexistants, hormis dans quelques établissements publics, banques et structures sanitaires, tandis que peu de personnes portent des masques.
«Là où nous allons acheter les ballots de friperie, on nous demande de respecter la distanciation physique et de nous laver les mains. Mais jusqu’à présent, nous n’avons pas vu de personnes atteintes d’Ebola ni enregistré de décès liés à cette maladie dans notre entourage», a indiqué Micheline Akilimani, vendeuse de friperie au marché central de Kisangani.
Caleb Doote, habitant de la commune de Kabondo, reconnaît l’existence de la maladie à virus Ebola, tout en estimant que des incertitudes persistent sur son ampleur et les zones réellement touchées, une situation qui, selon lui, favorise les spéculations et la politisation de cette épidémie.
Malgré ces doutes, il affirme respecter les mesures barrières et se dit prêt à alerter les autorités sanitaires en cas de symptômes suspects.
«La santé n’a pas de prix. J’utilise du gel hydroalcoolique, je me lave régulièrement les mains, j’évite les lieux très fréquentés et, si je vois une personne présentant des signes de la maladie, j’alerterai immédiatement les autorités sanitaires», a-t-il déclaré.
Avec ses clients, Emmanuel Losilo dit recommander d’éviter tout contact physique et de respecter la distanciation. De son côté, Mme Micheline Akilimani affirme appliquer les mêmes mesures de prévention.
«Je me lave régulièrement les mains, je ne serre plus les mains aux gens et je privilégie la distanciation lorsque j’échange avec mes clients. Je leur recommande également de respecter la distanciation sociale», a-t-elle indiqué.Dans plusieurs marchés, établissements publics, privés et églises, les dispositifs de lavage des mains demeurent peu perceptibles.
Interrogés par l’ACP, certains vendeurs, clients et fidèles disent encore douter de l’existence de la maladie à virus Ebola, illustrant une faible adhésion aux mesures de prévention.
«Ce que j’observe dans la communauté, c’est beaucoup de doute et un manque d’engagement. Les dispositifs de lavage des mains sont très insuffisants dans plusieurs lieux publics très fréquentés. Beaucoup de personnes continuent aussi de dire que la maladie n’existe pas ou qu’elle aurait été inventée par les Européens, ce qui complique les efforts de prévention», a déclaré Caleb Doote.
La province de la Tshopo fait face à sa première épidémie de maladie à virus Ebola, officiellement déclarée le 15 mai 2026.
Il s’agit de la 17ᵉ épidémie enregistrée en République démocratique du Congo en cinquante ans et de la quatrième à toucher l’espace de la Grande Orientale, après celles ayant touché la ville d’Isiro (Haut-Uélé), la cité de Likati (Bas-Uélé) et l’Ituri (2018-2020 et 2026).
Depuis le 29 juin, la Tshopo a recensé quatre cas confirmés, dont deux décès, répartis dans trois zones de santé affectées. ACP/L.

