Kinshasa, 20 mai 2026(ACP).- L’épidémie d’Ebola Bundibugyo, la 17ème enregistrée en République démocratique du Congo(RDC) depuis 1976, a été déclarée officiellement le 15 mai par le ministre de la Santé publique, hygiène et prévoyance sociale.
Le séquençage complet du génome viral a confirmé qu’il s’agit bien d’une variante génétiquement distincte des précédentes épidémies. Bundibugyo est issue, en 2007 et 2012, directement d’un réservoir animal, selon le directeur de l’INRB (Institut national des recherches biomédicales), Jean-Jacques Muyembe. Pour en savoir plus,
L’ACP a approché un scientifique spécialiste du domaine. Il s’agit de l’assistant Glodi Elumbu, médecin de formation, spécialiste en écologie des maladies infectieuses avec un intérêt particulier pour les maladies infectieuses émergentes à l’institut one health pour l’Afrique (Inoha) de l’Université de Kinshasa (Unikin).
ACP 1: le ministre de la Santé a déclaré officiellement, le 15 mai, la 17ème épidémie d’Ebola dans la province de l’Ituri. Selon lui, cette épidémie est dérivée de la souche Bundibugyo. Pouvez-vous éclairer l’opinion sur cette souche et dire en quoi elle est différente des autres souches ?
Dr Elumbu: la souche Bundibugyo, de son nom scientifique Orthoebolavirus bundibugyoense (Bundibugyo ebolavirus), est l’une de six espèces ou souches du virus Ebola connues à ce jour. Elle a été identifiée pour la première fois en 2007 dans le district de Bundibugyo en Ouganda. Les autres espèces du virus Ebola sont : Zaïre ebolavirus, Sudan ebolavirus, TaïForest ebolavirus, Reston ebolavirus et Bombali ebolavirus. La principale différence entre ces souches concerne leur virulence, leur taux de létalité et certaines caractéristiques génétiques.
La souche Bundibugyo présente souvent une létalité plus faible (25 à 50 %). Même avec une létalité faible, cette souche reste extrêmement dangereuse, surtout dans les zones où le système de santé est fragile telle que dans la partie orientale de la RDC, qui est en proie à des conflits armés.
Une autre différence importante concerne les vaccins et les traitements. Les vaccins actuellement disponibles ont surtout été développés contre la souche Zaïre, ce qui peut compliquer la réponse lorsqu’une autre souche circule comme c’est le cas actuellement.
Ce n’est pas la première fois que la RDC soit touchée par cette souche. Déjà en 2012, lors de la sixième épidémie, les provinces du Haut-Uélé et du Bas-Uélé ont été atteintes par une épidémie à la souche Bundibugyo en provenance de l’Ouganda.
ACP 2: quels sont les traitements actuellement utilisés pour soigner les patients infectés et quel est leur niveau d’efficacité ?
Dr Elumbu : aujourd’hui, la prise en charge de la maladie à virus Ebola (MVE) a beaucoup progressé. Le traitement repose sur deux grands axes à savoir : les soins de soutien et le traitement spécifique.
Les soins de soutien reposent sur la réhydratation ; la correction des troubles électrolytiques ; l’oxygénation ; le traitement symptomatique et les soins intensifs adaptés.
S’agissant des traitements spécifiques, Actuellement, certains anticorps monoclonaux ont démontré une efficacité importante, surtout contre la souche Zaïre, notamment Inmazeb et Ebanga.
Lorsqu’ils sont administrés précocement, ces traitements augmentent significativement les chances de survie.
Jusqu’à ce jour, le réservoir naturel n’est pas encore identifié. Néanmoins, beaucoup d’études incriminent les chauves-souris frugivores comme des potentiels réservoirs naturels du virus Ebola.
Toutefois, le passage du virus à l’humain se produit généralement à travers ce qu’on appelle « Spillover », c’est-à-dire une transmission inter-espèces. Cela survient généralement après un contact étroit avec des animaux infectés ou leurs fluides biologiques.
ACP 3 : la RDC a une expérience avérée en matière de gestion des épidémies, surtout Ebola. Comment s’y prend -elle actuellement pour stopper au plus vite la propagation de cette 17ème épidémie ?
Dr Elumbu: effectivement, la RDC possède aujourd’hui une expérience avérée dans la gestion des épidémies d’Ebola du fait de nombreuses épidémies qu’elle a gérées.
Pour stopper cette nouvelle épidémie, plusieurs actions doivent être menées pour interrompre la chaîne de transmission interhumaine à savoir : détecter rapidement les cas, identifier précocement les personnes suspectes grâce à une surveillance active dans les structures sanitaires, isoler rapidement les cas suspects ou confirmés et assurer une prise en charge médicale sécurisée pour réduire la mortalité et la transmission, identifier et suivre les contacts.
Il s’agit également de recenser et surveiller quotidiennement pendant 21 jours toutes les personnes ayant été en contact avec un malade afin de détecter rapidement de nouveaux cas, renforcer les laboratoires, améliorer les capacités diagnostiques et la rapidité d’analyse des échantillons pour confirmer rapidement les cas d’Ebola, protéger le personnel de santé,
Organiser des funérailles sécurisées en respectant les mesures sanitaires ainsi que renforcer la communication communautaire et mener une sensibilisation continue contre la riposte.
La transmission interhumaine de la MVE se fait principalement par contact direct avec : le sang, les vomissements, les selles, la sueur, la salive, les urines, le sperme ou tout autre liquide biologique d’une personne infectée ou décédée de la maladie. ACP / UKB

