Kinshasa, 11 septembre 2025 (ACP).- Le ministre de la Santé publique de la République démocratique du Congo (RDC), Dr Roger Kamba, a déclaré le 4 septembre lors d’un point de presse à Kinshasa, la 16ème épidémie de la maladie à virus Ebola (MVE) dans la zone de santé de Bulape, dans le Kasaï au centre du pays.
L’écosystème de la RDC compte parmi les facteurs qui favorisent cette résurgence, selon le ministre. Pour en savoir plus sur cette situation, l’ACP a approché un spécialiste en la personne de Dr Germain Kapour, éco-épidémiologiste, expert en santé des écosystèmes et chercheur à l’Institut One Heath pour l’Afrique (INOHA) de l’Université de Kinshasa.
Question 1: Le virus Ebola a été identifié pour la première fois dans le monde en 1976 en RDC, et depuis lors, le pays a connu 16 épidémies. L’écosystème de la RDC favorise-t-il à lui seul la résurgence régulière de cette maladie ?
Dr Kapour : La grande question à se poser est de savoir où se cache le virus en dehors des épidémies. La réponse est que le virus n’est pas mort, il vit au sein d’un être vivant à qui il ne donne pas la maladie, c’est lui le réservoir.
Le plus grand problème pour la maladie à virus Ebola est le fait que jusqu’à ce jour, son réservoir n’a pas encore été déterminé d’une façon certaine. À ce jour, il y a une forte suspicion de certaines chauves-souris frugivores qui sont considérées comme hôtes asymptomatiques.
La forêt tropicale humide de la RDC qui abrite un écosystème favorable au développement de ces chauves-souris, peut constituer un réservoir naturel. Cet écosystème riche et humide fournit un environnement propice à la persistance du virus dans son milieu naturel.
La proximité entre ces réservoirs animaux et les populations humaines via la chasse, la déforestation, et l’exploitation des ressources naturelles, favorise la transmission inter-espèces « .
Question 2: La « souche Zaïre » est celle qui a occasionné la 16ème épidémie. Quelle est sa particularité par rapport à d’autres souches ?
Dr Kapour: Il existe plusieurs souches du virus Ebola, notamment la souche Zaïre, Sudan, Bundibugyo, Reston, Taï Forest et Bombali.
La particularité de la souche Zaïre est sa virulence. Elle est la plus meurtrière, avec un taux de létalité pouvant atteindre 90% dans certaines épidémies. Elle est également responsable de la première identification du virus en 1976 en RDC (alors Zaïre) et de nombreuses épidémies ultérieures, y compris la grande épidémie en Afrique de l’Ouest (2014-2016).
Question 3: Que doit faire la RDC face aux épisodes à répétition de cette maladie?
Dr Kapour : Pour faire face aux épisodes à répétition de cette maladie, la RDC doit faire une surveillance globale et intégrée; une surveillance qui voit la santé comme une entité unique, une surveillance « one health », qui va surveiller à la fois la santé animale, celle des écosystèmes ainsi que celle des humains. A la population, je demande de se calmer et d’observer les mesures qui sont édictées, notamment le lavage des mains, éviter les attroupements ainsi que la manipulation des cadavres humain et animal. ACP/

