Kinshasa, 10 septembre 2026 (ACP).- L’avocat d’un officier des Forces armées de la République démocratique du Congo (RDC) a plaidé jeudi, pour l’acquittement de son client, estimant que les accusations portées contre lui ne sont étayées par aucune preuve, lors d’une audience de la Haute cour militaire à Kinshasa.
« Il n’existe aucune preuve qui vienne étayer ou corroborer les faits selon lesquels le lieutenant-général Philémon Yav facilitait le transport des munitions au chauffeur du M23, qui est le prévenu Issa Shauri. Il s’agit d’un scénario monté de toutes pièces pour charger notre client. Donc votre honneur lorsque vous allez vous retirer, vous allez prononcer l’acquittement de notre client », a plaidé Me Parfait Kanyanga, l’un des avocats du lieutenant-général Yav.
Il a soutenu que les faits reprochés à son client sont « purement imaginaires » et ne reposent sur aucun élément matériel permettant d’établir sa culpabilité, tout en contestant l’existence d’un rapport démontrant une implication de son client dans le transport d’armes et de munitions au profit de l’ennemi.
Me Kanyanga a également remis en cause les déclarations du prévenu Shauri, estimant que celui-ci aurait été préparé pour charger son client pour le nuire. Il a également relevé l’absence, selon lui, d’éléments corroborant les accusations relatives à la facilitation du transport de munitions en provenance du Rwanda.
L’absence de preuves
Pour sa part, Me Carlos Ngwapitshi, un autre avocat du prévenu Yav a également demandé l’acquittement de son client, insistant sur l’absence de preuves sérieuses dans le dossier.
« Il n’y a pas de preuve, le dossier est vide. Les faits ne sont ni étayés, ni corroborés par les éléments de preuve », a-t-il soutenu, affirmant qu’« un seul mot revient : le doute ».
Selon lui, le magistrat du parquet général se serait appuyé sur de simples déclarations, des suppositions, des suspicions et des rapprochements qui ne seraient pas accompagnés de preuves matérielles.
La défense a ainsi contesté plusieurs éléments évoqués dans le dossier, notamment la « prétendue promesse » faite aux services de sécurité, « l’exploitation d’un téléphone attribué à Turaya », « le recrutement de Shauri dans le Nord-Kivu » ainsi que sa « prétendue présentation à Mwangachuchu ».
Me Ngwapitshi a également mis en doute les déclarations faisant état d’une promesse de 50.000 dollars destinés, selon lui, à charger le général Yav, relevant qu’aucun acte ne démontrerait, qu’une personne aurait effectivement proposé ou versé cette somme pour faire accuser son client.
L’avocat s’est également interrogé sur les conditions dans lesquelles Shauri aurait été traité lors de son séjour à Kinshasa, notamment son passage à l’hôtel Serena, estimant que le traitement dont il aurait bénéficié devait être expliqué au regard des accusations portées contre lui.
Me Ngwapitshi a, en outre, affirmé que le lieutenant-général Yav n’avait jamais été auditionné par le parquet militaire, s’interrogeant sur les raisons de cette situation.
« Votre honneur, avant décision, je vous demande de prendre un instant pour regarder les faits qui vous sont présentés. Dans cette affaire, beaucoup d’hypothèses, mais devant le juge, la culpabilité doit être démontrée sans ambiguïté », a-t-il déclaré.
Il a appelé la Haute Cour militaire à ne pas fonder une éventuelle condamnation sur de simples possibilités ou suspicions.
La défense de Shauri conteste les aveux de son client
De son côté, l’avocat du prévenu Shauri a contesté les aveux attribués à son client ainsi que les procès-verbaux de saisie versés au dossier.
Il a qualifié ces procès-verbaux de mensongers, avant d’estimer qu’ils ne pouvaient pas, en l’état, servir de fondement à une condamnation.
L’affaire a été renvoyée au 22 septembre 2026 pour la réplique du magistrat du parquet militaire, avant sa prise en délibéré.
Dans cette affaire, le lieutenant-général Yav et le prévenu Shauri sont jugés pour des faits liés notamment à la facilitation présumée du transport de munitions en provenance du Rwanda au profit de l’ennemi.
ACP/ YvD/ SyK

