Procès Rebo Tchulo : le tribunal ordonne une nouvelle expertise des relevés téléphoniques

Kinshasa, 23 juillet 2026 (ACP).- Le tribunal militaire de garnison de Ngaliema a ordonné jeudi , une nouvelle expertise des relevés téléphoniques , après avoir relevé des irrégularités dans les données transmises par les différentes sociétés de télécommunications, dans l’affaire de la chanteuse Rebo Tchulo, lors de son audience à Kinshasa, en République démocratique du Congo.( RDC).

« Nous allons suspendre cette affaire et reprendre. Nous allons forcer la main de l’expert pour qu’il nous donne ces résultats. Nous reprendrons avec les mêmes éléments, c’est-à-dire les mêmes numéros, sauf celui qui est apparu comme celui de Me Kabengela », a déclaré le capitaine Guy Kwesh, président de la composition. Et de préciser :  » Les résultats produits comportaient de petites erreurs nécessitant des vérifications complémentaires » .

« Il y a des erreurs qui sont venues du greffe du tribunal sur les numéros. Le reste appartiendra à ceux qui ont sollicité ces demandes de le démontrer. Si on prend par exemple le relevé de Vodacom s’agissant de Zababu, ce relevé indique le numéro ancré et l’antenne qui l’a pris en charge. Nous voyons l’antenne de l’Utexafrica. Nous remontons jusqu’à Bandalungwa, nous allons comprendre qu’effectivement il a communiqué. Déjà lorsque les resultats arrivent, le tribunal lui-même constate qu’ils sont entachés des petites erreurs », a-t-il expliqué.

De son côté, la partie civile ( victime ) a justifié sa demande d’une nouvelle expertise par les contradictions relevées dans les déclarations des prévenus et les insuffisances des relevés transmis par les opérateurs de télécommunications.

« Je voudrai dès l’entame de mon propos préciser les choses pourquoi nous sommes arrivés à formuler la demande relative au relevé d’appels. Lors de l’instruction il s’est constaté des contradictions. Les prévenus se sont contredits. La prévenue Mulanga Tshimpaka a dit devant votre tribunal qu’elle n’avait appelé personne. Le prévenu Zababu vous a dit qu’il a reçu un appel. Le prévenu Kazadi a dit la même chose. L’intelligence de cette demande c’est de pouvoir comprendre qui a appelé qui pour que les militaires soient sur le lieu? Monsieur le président c’est là que nous relevons que le travail sollicité n’a pas été fait et nous le démontrons », a relevé l’avocat de la partie civile.

Analysant l’expertise de la société des télécommunications Orange, la partie civile a relevé que la réponse adressée au tribunal par cette société n’a pas répondu sur ce qui s’est passé la nuit du 17 avril, lors de la commission des faits.

« Faisant suite au devoir demandé, pour la période allant du 17 au 18 avril 2026, entre 2 heures et 9 heures, si le tribunal a bien compris on a demandé les appels du 18 entre 2 heures et 9 heures et c’est cela que la société a fait. La société n’a pas répondu sur ce qui s’est passé le 17. Regardez le relevé. Le travail c’est le 17 avril de 22 heures jusqu’au matin. Pour nous M. le président, votre tribunal n’a rien à faire pour cet instant. Il n’a qu’à constater et tirer les conséquences. Parce que le devoir c’est le 17 avril dès 22 heures la journée des faits », a renchéri l’avocat de la victime Sadisa.

En réaction, le tribunal a demandé à la partie civile de dire comment est-ce qu’il faut procéder ?

« La partie civile devra dire comment procéder. Parce qu’effectivement ce numéro orange apparaît être celui de Mbayi Mbayi. Pourquoi Mbayi est intervenu, parce qu’effectivement, en empruntant les termes de la partie civile, les contradictions ont apparues dans le narratif des prévenus. On ne sait pas avec précision qui a appelé finalement qui sur la présence des militaires sur le lieu. Il est apparu à la comparution de la prévenue Tchulo, elle citât Mbayi voilà pourquoi il apparaît ici comme intervenant », a dit le tribunal.

Reprenant la parole, la partie civile fait observer que le travail qui a été fait concerne une période non concernée par la demande, avant de faire constater également un autre constat selon lequel Rebo serait une prévenue dangereuse et qu’elle tromperait le tribunal.

« M. le président la prévenue Tshimpaka est très dangereuse. Elle trompe votre tribunal. Lorsque vous avez donné ses deux numéros, voici l’un des numéros qu’elle a donné : 081 504 22 74. Lorsque vous vérifiez ce n’est pas son numéro. C’est le numéro de son avocat. Et on l’a identifié.
L’avocat s’appelle Jean-Marie Kabengela Ilunga. Elle lorsqu’on l’identifie pour donner son numéro, c’est là que j’ai dit qu’elle est trop dangereuse. Elle veut donc désorienter l’enquête du tribunal pour qu’on aille vérifier les appels entrants et sortants de son avocat, mais pas ses appels. Et ça c’est la société Vodacom. Ne fut-ce que pour ces deux faits »,
a martelé la partie civile.

Et d’insister : « Il va plaire à votre auguste tribunal de refaire le travail qui avait été demandé. Dans quel sens ? Premièrement en ce qui concerne Vodacom,que la prévenue Mulanga donne son propre numéro de téléphone parce que ça c’est mentir au tribunal.

Dans sa réaction , le tribunal a estimé que l’observation était pertinente, et qu’il fallait corriger les erreurs. « Parce que lorsqu’on est en train de vérifier, là nous voulons corriger, le tribunal ne croit pas se tromper, il n’a pas, à l’identification des prévenus, demandé leurs numéros. Ces numéros ont été récupérés dans les éléments du dossier », a dit le président de la composition.
S/Interdiction de traiter une partie au procès de dangereuse

De son coté, la défense s’est insurgée contre les déclarations de la partie civile, rappelant que traiter de dangereuse une partie au procès est interdit par la déontologie d’avocats.

«  C’est interdit par la déontologie des avocats qui dit qu’aucun avocat ne peut se livrer à des personnalités envers ses confrères ou à une partie au procès. Mme Tshimpaka serait dangereuse et le magistrat du parquet reste sur son téléphone sans suivre cette évolution du dossier », a déploré Me Kabengela.

La défense a toutefois estimé que les nouveaux développements éloignait le dossier de son objet initial.

« Et là le dossier change chaque jour de nature, de contenu. Vous savez pour la partie civile, voler même un mouchoir qu’utilise Rebo, ce papier mouchoir ne coûterait pas 500 FC. Ça coûterait des milliers de dollars pourquoi parce que c’est utilisé par Rebo. Ce complexe aller jusqu’où ? », s’est interrogé la défense.

Cependant, la partie civile a de son côté, retiré ces propos, après les observations de la partie défenderesse.

Rebo Tchulo est jugée pour incitation des militaires à commettre des actes contraires à la loi et à la discipline des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC).

Treize militaires, dont quatre en fuite, y sont également poursuivis et doivent répondre notamment de faits présumés de torture, d’extorsion, de concussion et de violation des consignes militaires à l’encontre du nommé Kasaï Sadisa.

ACP/GHM

Fil d'actualités

Sur le même sujet