Kinshasa, 22 octobre 2026 (ACP).- La prison centrale de Makala, à Kinshasa, en République démocratique du Congo (RDC), ne devra plus accueillir de nouveaux détenus jusqu’à l’amélioration des conditions de détention, a annoncé jeudi le ministre d’État en charge de la Justice, lors d’un briefing presse organisé dans la capitale congolaise.
«Nous avons décidé de ne pas accueillir de nouveaux prisonniers tant que la situation ne s’est pas encore améliorée», a déclaré Guillaume Ngefa lors d’un briefing de presse coanimé avec son collègue de la Communication et Médias, Patrick Muyaya.
Selon lui, cette mesure d’urgence vise à faire face à la saturation des établissements pénitentiaires et à préserver la dignité des personnes privées de liberté, dans un contexte marqué par la promiscuité, l’insuffisance alimentaire et la propagation de plusieurs maladies.
Conçue pour accueillir 2.500 détenus, la prison centrale de Makala héberge actuellement environ 16.000 personnes, soit plus de six fois sa capacité initiale, a fait savoir M. Ngefa.
«Cette situation exerce une pression considérable sur les ressources alimentaires, sanitaires et logistiques de cet établissement pénitentiaire», a expliqué ce membre du gouvernement.
À l’échelle nationale, les établissements pénitentiaires congolais comptent 52.095 détenus, dont seulement 5.683 condamnés.
La majorité des autres personnes incarcérées sont des prévenus dont les dossiers sont encore en cours de traitement judiciaire.
Libérations humanitaires et accélération des procédures
Pour désengorger les prisons, le ministre d’État a annoncé l’identification des détenus malades en vue d’évaluations médicales susceptibles de permettre leur libération pour des raisons humanitaires, dans le respect des procédures légales, évoquant l’accélération des procédures de mise en liberté provisoire, en collaboration avec les autorités judiciaires compétentes.
«Ces mesures visent notamment à réduire la pression sur les infrastructures pénitentiaires, tout en tenant compte de la situation judiciaire et médicale des personnes concernées», a-t-il dit.
Maladies, promiscuité et conditions de détention préoccupantes Guillaume Ngefa a déploré les conditions de détention dans plusieurs établissements du pays, marquées notamment par l’insuffisance alimentaire, la promiscuité et la propagation de maladies telles que la tuberculose, le choléra, le mpox et le VIH.
«Dans la province du Kongo Central, les prisons de Matadi et de Mbanza-Ngungu sont également confrontées à une surpopulation préoccupante. Certains établissements conçus pour accueillir 500 personnes hébergent jusqu’à 800 détenus», a-t-il rappelé.
Au-delà des mesures immédiates, M. Ngefa a plaidé pour une réforme de la politique pénitentiaire nationale, estimant que la prison ne devait pas être uniquement un lieu de punition, mais également un espace de rééducation et de préparation à la réinsertion sociale.
Il a notamment évoqué la possibilité de collaborer avec le Service national afin de permettre à certains détenus d’acquérir des compétences professionnelles susceptibles de faciliter leur réintégration dans la société après leur libération, tout en préconisant un recours accru aux mesures alternatives à l’emprisonnement pour les infractions de faible gravité, en tenant compte de la nature des faits reprochés et de la dangerosité éventuelle des personnes concernées.
Il a enfin insisté sur l’urgence de mobiliser les moyens nécessaires à la réhabilitation des infrastructures pénitentiaires, à l’amélioration de la prise en charge des détenus et au renforcement de l’efficacité du système judiciaire congolais.ACP/

