Kinshasa, 6 septembre 2026 (ACP).- L’économie numérique constitue un axe prometteur de diversification économique en République démocratique du Congo(RDC) malgré que son potentiel demeure freiné par les difficultés d’encaissement des paiements en ligne provenant de l’étranger, a indiqué à l’ACP lors d’un échange dimanche, un chercheur basé à Kinshasa.
« L’économie numérique est présentée depuis plusieurs années comme un axe prometteur de diversification pour la RDC. Le développement de ce secteur pourrait contribuer à la création d’emplois pour les jeunes et à l’élargissement de l’assiette fiscale de l’État », a dit Trésor Kalonji, chercheur.
Selon lui, les initiatives numériques se multiplient à Kinshasa et dans les grands centres urbains, notamment dans le développement des applications, la création de contenus, le commerce électronique et la formation en ligne. Ces activités sont portées principalement par une génération de jeunes maîtrisant les outils numériques.
Le chercheur a également relevé que le gouvernement congolais a consacré un ministère au développement de l’économie numérique, témoignant de l’importance accordée à ce secteur dans la stratégie de diversification économique.
Cependant, les entrepreneurs numériques rencontrent encore des difficultés liées à l’accès aux moyens de paiement internationaux. Des plateformes mondiales de paiement telles que PayPal ou Stripe, utilisées dans plusieurs pays pour permettre aux entreprises et créateurs, de facturer leurs clients à l’étranger, ne sont pas directement accessibles avec un compte établi en RDC, a-t-il expliqué.
« Cette situation pousse certains entrepreneurs à recourir à des solutions alternatives, notamment l’ouverture d’un compte bancaire à l’étranger, le recours à un intermédiaire établi dans un pays tiers ou l’utilisation du compte d’un proche résidant dans la diaspora. Ces mécanismes peuvent entraîner des commissions supplémentaires et des délais de paiement », a fait savoir M. Kalonji.
Des solutions locales pour les paiements
Il a indiqué que face à cette difficulté, le secteur privé congolais commence à apporter des réponses à travers des agrégateurs de paiement locaux. Ces derniers proposent des solutions intégrant plusieurs moyens de paiement, notamment Orange Money, Airtel Money, M-Pesa, Afrimoney et les cartes bancaires, grâce à des interfaces destinées aux développeurs.
Ces dispositifs, a-t-il indiqué, facilitent les transactions à l’intérieur du pays, sans toutefois résoudre complètement la question de l’accès aux plateformes et marchés internationaux pour les créateurs et entreprises visant une clientèle étrangère.
Pour M. Kalonji, cet enjeu revêt une importance particulière au regard de la position de la RDC au croisement de trois espaces économiques régionaux.
L’hébergement des données en progrès
Le chercheur a, par ailleurs, évoqué les avancées enregistrées dans l’hébergement des données. Pendant plusieurs années, les startups congolaises étaient contraintes d’héberger leurs serveurs à l’étranger, avec des coûts en devises et des problèmes de latence pour les utilisateurs locaux.
L’inauguration, en 2024 à Kinshasa, d’un centre de données certifié Tier III par l’Uptime Institute a contribué à renforcer les capacités locales d’hébergement.
« Cette avancée ne règle toutefois pas la question de l’encaissement des revenus issus des activités numériques réalisées à l’international », a martelé M. Kalonji.
Le chercheur a préconisé ainsi la mise en place d’un cadre favorisant l’inclusion financière numérique transfrontalière, afin de permettre aux créateurs et entreprises congolais de facturer directement leurs clients étrangers et de rapatrier leurs revenus dans le système financier national.
À défaut, une partie de la valeur créée par les entrepreneurs numériques congolais risque de continuer à être captée par des intermédiaires établis à l’étranger, au détriment du développement de l’économie numérique nationale.ACP/ Suk./ Luf

