Kinshasa, 29 octobre 2025 (ACP)- Maitriser quelques contraintes inhérentes à la vie entrepreneuriale, notamment les risques, ainsi que l’indépendance ou non d’un entrepreneur, telles sont les différentes préoccupations qui ont poussé l’ACP, à approcher un expert de ce secteur de plus en plus attractif notamment en milieu des jeunes congolais. Il s’agit de M. Patrick Makala Nzengu, professeur ordinaire dispensant le cours d’Entrepreneuriat en Licence à la Haute Ecole de Commerce de Kinshasa, autrefois Institut supérieur de commerce (ISC-Kinshasa) pour éclairer la lanterne de l’opinion.
Question 1 : M. le professeur, existe-t-il en République démocratique du Congo, un profil idéal d’entrepreneur, ou une figure dont il faudrait s’inspirer ?
Professeur Nzengu : On ne nait pas entrepreneur, mais on le devient par des apprentissages qui peuvent, en fonction des individus, demander plus ou moins de temps. Il faut surtout éviter des idées préconçues, c’est-à-dire, des représentations qui reviennent fréquemment lorsqu’on parle de l’entrepreneuriat, du genre « entreprendre relève de l’inné, non de l’acquis ». Malheureusement, en RDC, certaines personnes attribuent à l’entrepreneur un sixième sens et une institution qui favorisent sa capacité innée à entreprendre. Cette conception est favorisée par le chômage et le sous emplois et la sous qualification. D’autres vont encore plus loin, en faisant croire en des forces mystico-religieuses.
L’entrepreneur inné est un mythe. Même si certains individus naissent avec plus d’énergie ou plus de flair que d’autres, ces aptitudes resteraient probablement en jachère ou peu utilisées, si elles n’étaient pas complétées par d’autres caractéristiques, telles que des connaissances, des compétences, des savoir-faire et des expériences accumulées pendant des années. Il n’y a aucun schéma universel pour créer une entreprise, pour créer une affaire ou un projet. Ce qu’il faut, c’est travailler son projet, le soumettre à des experts et à des regards externes et s’entourer de partenaires motivés ou intéressés. Créer une nouvelle entreprise ou une activité est à la portée de tout le monde. Cependant, la réussite, la pérennisation et le développement ne concernent, en général, que des individus préparés ayant étudié tous les aspects de leur projet pour éliminer ou en réduire les risques opérationnels et stratégiques.
Question 2 : Existe-t-il des risques dans l’exercice de l’entrepreneuriat ?
Professeur Nzengu : les risques font souvent partie des situations dans lesquelles se trouvent les entrepreneurs. Ils sont liés au changement et à l’incertitude. Les entrepreneurs qui réussissent s’efforcent donc de réduire les zones d’incertitudes des projets qu’ils développent et des situations qu’ils affrontent. Créer une entreprise est un acte risqué qui conduit souvent à l’échec. Le risque est présent et parfois irréductible dans les situations entrepreneuriales. L’entrepreneur qui réussit est celui qui le sait et qui a appris à composer avec le risque. Savoir identifier avec l’aide des autres, savoir le calculer et le manager, savoir réagir face aux risques constituent des compétences et des habiletés essentielles. Mais toutes les situations ne présentent pas le même niveau de risque, certaines d’entre elles ne relèvent pratiquement aucun risque, tant qu’il existe des similitudes entre ce qui est connu et ce qui souhaité.
Question 3 : Pourquoi faut- il entreprendre? Pour devenir un patron ou pour se libérer du carcan de la dépendance ?
Professeur Nzengu : l’idéal est que beaucoup de personnes rêvent de devenir entrepreneur parce qu’elles ont un très fort besoin d’indépendance et parce qu’elles ne supportent plus la hiérarchie et l’inertie des grandes entreprises. Même si le besoin d’indépendance est une motivation forte, les entrepreneurs ne sont pas plus indépendants, dans leur fonctionnement, que des cadres ou d’autres dirigeants d’entreprise. Tenez, ils sont aussi dépendants de leurs partenaires financiers, industriels ou commerciaux, de leurs collaborateurs, de leurs clients, de leurs fournisseurs et de leurs familles. Et dans tout cela, le client demeure roi.
ACP/Célestin Lutete

