Archives  de Tervuren : une banque de données du sous-sol congolais et de la culture

Kinshasa, 19 septembre 2026 (ACP).- Les archives géologiques congolaises conservées au Musée royal de l’Afrique centrale à Tervuren, en Belgique, ont été révélées samedi à Kinshasa comme  une  source de données sur le sous-sol de la République démocratique du Congo, a appris l’ACP de source associative.

«Plus de six décennies après l’indépendance, pourquoi les données sur le sous-sol de la République démocratique du Congo et la culture sont toujours conservées encore à Tervuren et pas en RDC ? », s’est interrogé Jean-Claude Mputu, de l’ONG Ressources Matters, estimant que la question des archives géologiques mérite une attention particulière dans le débat sur la restitution du patrimoine congolais.

« On a rendu quelques statues. On n’a pas rendu les cartes », a-t-il relevé, soulignant la différence entre les objets culturels et les données scientifiques relatives au territoire congolais.

Selon les informations disponibles sur ces fonds, le département des sciences de la Terre du Musée royal de l’Afrique centrale conserve notamment plus de 264.000 photographies aériennes, 25.000 cartes et environ 160.000 échantillons de roches, ainsi que des millions de documents géologiques et scientifiques.

Ces archives, constituées en grande partie durant la période coloniale, représentent une documentation importante pour la connaissance du sous-sol de la République démocratique du Congo.

 Une partie des archives publiques produites au Congo avait été transférée vers la Belgique à la veille de l’indépendance, notamment dans le cadre de l’« Opération Archives » de 1959-1960.

Pour Jean-Claude Mputu, leur intérêt dépasse désormais la seule dimension historique

 Les cartes géologiques et les relevés anciens peuvent encore servir à l’exploration minière, les caractéristiques géologiques du sous-sol n’ayant pas disparu avec le temps.

Le débat intervient alors que la numérisation de ces données est devenue un enjeu scientifique et économique.

 En juillet 2025, le gouvernement congolais avait conclu un accord avec la société américaine KoBold Metals, spécialisée dans l’exploration minérale utilisant notamment l’intelligence artificielle.

 L’initiative avait notamment porté sur la numérisation et l’accessibilité de données géo-scientifiques.

Des discussions ont également été engagées en 2026 autour de la numérisation des archives géologiques détenues à Tervuren, avec la participation d’acteurs congolais, belges et européens.

Selon un reportage consacré à ces archives, la consultation physique de certains documents était affichée à environ 300 euros par personne et par jour, même si le Musée royal de l’Afrique centrale affirme avoir mis fin, depuis plusieurs années, à l’accès des entreprises à ses archives géologiques en raison notamment de ses capacités limitées et de l’existence du Service géologique national congolais.

Jean-Claude Mputu estime, par ailleurs, qu’une restitution physique immédiate ne constitue pas nécessairement la seule solution.

 Il préconise le recours aux nouvelles technologies et à des accords de partenariat permettant de numériser, sécuriser et rendre accessibles ces données au Congo, tout en tenant compte des capacités actuelles de conservation.

« Les conditions de conservation ne sont pas encore réunies chez nous. Beaucoup reste à faire », a-t-il fait observer, appelant à renforcer les infrastructures et les compétences nationales nécessaires à la préservation de ce patrimoine scientifique.

Pour cet acteur de la société civile, l’enjeu est également celui de la souveraineté sur les données relatives aux ressources naturelles du pays.

« L’histoire qu’on efface n’est pas toujours celle qu’on brûle. C’est souvent celle qu’on range », a-t-il résumé tout en  estimant que les archives géologiques constituent à la fois une mémoire scientifique du Congo et une ressource stratégique pour la connaissance et l’exploration future de son territoire.

Les archives géologiques du Musée royal de l’Afrique centrale à Tervuren font partie d’un ensemble documentaire constitué principalement durant la période coloniale.

Elles comprennent notamment des photographies aériennes, des cartes, des échantillons de roches et des documents scientifiques consacrés à la géologie de l’Afrique centrale.

Leur numérisation est aujourd’hui présentée comme un moyen de faciliter l’accès aux données tout en préservant les documents originaux.

La question s’inscrit dans un débat plus large sur la restitution et la maîtrise par la République démocratique du Congo des archives et données produites sur son territoire durant la période coloniale.

L’« Opération Archives » avait notamment entraîné le transfert vers la Belgique de plus de six kilomètres linéaires d’archives publiques produites au Congo entre 1959 et 1960. ACP/Ka

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