Kinshasa, 23 février 2026 (ACP).-Quelques propositions ont été soumises au gouvernement congolais, afin de structurer et industrialiser le secteur de la mode en République démocratique du Congo (RDC), dimanche lors d’un forum organisé par les experts du textile et les opérateurs culturels dans le but de booster l’économie de l’art vestimentaire au profit des acteurs. « La mode congolaise constitue un levier économique, culturel et social important. Nous avons proposé que les autorités congolaises pensent à la création d’un fonds mode et textile (FMT), à la mise en place d’usines textiles, au soutien aux PME, à l’allègement fiscal, à la promotion du »Made in Congo » et aussi à la formation professionnelle. Nous sollicitons l’accompagnement du ministère de la Culture, arts et patrimoine, afin de concrétiser ces propositions », a déclaré Didi Kembola, initiateur du forum. « Ces échanges, organisés en mode visio-conférence dans le cadre du forum de réflexion citoyenne et culturelle, nous ont permis de sortir ces propositions pertinentes et stratégiques à soumettre aussi aux ministères concernés (économie, formation professionnelle, travail, industrie) pour structurer et industrialiser le secteur de la mode en RDC », a-t-il indiqué. Pour l’initiateur, l’objectif de cette rencontre a été non seulement de structurer le secteur, mais aussi de développer les Petites et moyennes entreprises (PME), de favoriser l’emploi et de renforcer l’identité congolaise à travers l’art vestimentaire. « Tout est parti d’un constat sur le terrain à Kinshasa, où nous avons observé l’absence d’industrie ; le faible encadrement institutionnel ; la difficulté d’accès au financement et le manque d’organisation collective des professionnels de la mode », a-t-il ajouté.
Appel à la création d’une banque culturelle
Des amendements ont été aussi apportés par les participants dans le même ordre d’idées, afin de permettre à la RDC de dynamiser et rentabiliser le secteur. « Je suggère la création d’une banque culturelle où les opérateurs et artistes et professionnels directs et indirects de la culture, en conformité avec l’État Congolais souscrivent. Elle fonctionnera comme une banque classique. Est-il possible de se constituer en coopérative pour créer une usine textile ? Pour permettre la mode à une certaine autonomie », a suggéré Samy Kalonji, opérateur culturel.

La problématique de consommation locale a été aussi soulevée au cours de cette rencontre virtuelle. « Nous devons ‘‘consommer congolais’’ ou s’habiller en mode congolaise pour encourager et soutenir nos créateurs nationaux. Ce serait une bonne chose. Il faudrait encourager les fabricants de tissus traditionnels faits à la main, comme les tissus kuba. Aujourd’hui, nos motifs, comme le kuba, sont repris par une grande marque européenne. Que faisons-nous pour revendiquer la paternité de ces tissus? », s’est interrogé Joss Kalim, chanteuse et adepte de la sape (Société des ‘‘ambianceurs’’ et personnes élégants). « Nos ministres s’habillent en mode made in China. Dès qu’ils ont beaucoup d’argent, ils portent de grandes marques européennes. Tout part de l’amour de soi, de notre culture et reconnaître sans complexe ce que nous possédons comme matière première et le mettre en avant…». Pour elle, il est anormal que le pagne soit présenté comme notre identité vestimentaire alors que la RDC ne produit plus de pagnes localement. « Le wax et autres sont hollandais, anglais… Même lorsque nous croyons nous identifier en portant le pagne, nous enrichissons les colons », a conclu l’adepte de la ‘‘Sape’’.ACP/

