Kinshasa, 14 octobre 2025 (ACP).- La farine ’’bunga’’, issue du maïs cultivé dans les vastes plaines du Katanga méridional, dans le sud-est de la République démocratique du Congo a été reconnue mardi lors d’un échange avec un chercheur en histoire contemporaine, comme un symbole culturel et spirituel par de nombreux peuples autochtones, alliant mythe, survie et identité collective.
«La farine Bunga, cette farine de maïs est Bien plus qu’un aliment, elle est considérée comme mémoire, identité, et parfois même mystère. Dans les terres fertiles du Katanga méridional, là où le soleil caresse les vastes plaines du Kipushi, du Kafubu ou de Sakanya, une denrée a traversé les âges, les royaumes, les familles et les saisons», a déclare Félix Kiluya chroniqueur de l’histoire populaire et des traditions du Katanga.
«Chez les Bemba et Lamba, peuples autochtones de la région, la culture du maïs n’est pas qu’un acte agricole, c’est un rite de passage, un acte sacré. Les premières semences étaient précédées d’une cérémonie appelée « Ukuboola », un appel aux ancêtres pour bénir les récoltes. Les anciens racontent qu’un esprit nommé Kabwita veillait sur les champs», a-t-il ajouté
Il a indiqué que les peuples Sanga, Yeke, Lunda, Tabwa et Lubakat possèdent également leurs propres mythes. Chez les Lunda, le Bunga est considéré comme un don que le roi légendaire Mwata Yamvoaurait reçu des esprits de la terre à l’issue d’un long jeûne.
«Les Sanga, Yeke, Lunda, Tabwa et Lubakat ont aussi leurs mythes. Pour les Lunda, Bunga est le cadeau que le roi mythique Mwata Yamvo aurait reçu des esprits du sol après un long jeûne. La farine, blanche ou légèrement dorée, est ainsi devenue un symbole d’abondance, utilisée dans les fêtes traditionnelles, les mariages, les initiations, et même les funérailles», a-t-il exprimé.
Et de poursuivre: «Dans les temps anciens, on disait qu’une femme qui maîtrisait parfaitement la cuisson du bunga pouvait devenir épouse d’un chef. La farine représentait non seulement la fécondité, mais aussi l’ordre, la sagesse domestique et la stabilité du foyer».
Face aux défis posés par l’urbanisation et l’évolution des mentalités, il tire la sonnette d’alarme sur la survie d’une tradition essentielle au Katanga
«Mais aujourd’hui, alors que la modernité avance, que l’agriculture est négligée par une jeunesse attirée par les villes et les réseaux, le bunga est en danger. Beaucoup ignorent que ce produit nourrit encore des millions, qu’il est un pilier de la sécurité alimentaire au Katanga», a-t-il conclu. ACP/ODM

