Kinshasa, 21 juillet 2025 (ACP).- Un désintérêt croissant pour la cuisine traditionnelle congolaise a été constaté chez de nombreux jeunes kinois, au profit des mets étrangers, désormais plus prisés, selon des sociologues et éducateurs, interrogés lundi par l’ACP, lors d’une ronde effectuée dans plusieurs quartiers de Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo.
« Nous observons un désintérêt croissant pour nos mets locaux tels que le fumbwa, le pondu, le haricot, le gombo ou le fufu. Les jeunes préfèrent aujourd’hui des plats venus d’ailleurs comme le chawarma, la pizza, le tacos ou les hamburgers, que ce soit à la maison ou dans les restaurants », a indiqué Patient Lufuluabo, un sociologue.
D’après lui, cette tendance serait fortement alimentée par l’influence des réseaux sociaux et le désir d’adopter un mode de vie perçu comme moderne.
« Manger congolais est devenu pour certains jeunes un signe de pauvreté ou de retard. Ils veulent imiter les styles de vie qu’ils voient sur Instagram et TikTok, où l’on met en avant des plats étrangers », a-t-il expliqué.
De son côté, Solange Nsimba, éducatrice a dénoncé une perte progressive d’identité culinaire.
« Cette situation a des répercussions sociales inquiétantes. Beaucoup de jeunes n’ayant pas les moyens pour financer ce train de vie, notamment les restaurants dits huppés, adoptent des comportements déviants. Certaines filles se livrent à la prostitution pour s’offrir ces plats et publier des photos sur les réseaux sociaux », a-t-elle dénoncé, tout en appelant les familles et les autorités à prendre des mesures pour freiner ce phénomène.
Pour sa part, Trésor Nginamau, un restaurateur rencontré à la 11ème rue Limete, a confirmé cette évolution des habitudes alimentaires.
« La demande pour les plats traditionnels congolais est en baisse chez les jeunes. Ce sont surtout les adultes et les familles qui continuent à commander le pondu (les feuilles de manioc) ou le mbika (la courge). Les jeunes viennent plus pour la pizza ou les sandwiches », a-t-il confié.
Face à cette situation, ces sociologues et éducateurs ont appelé à une revalorisation de la gastronomie congolaise.
« Il faut redonner à nos mets locaux leurs lettres de noblesse et rappeler aux jeunes qu’ils font partie de notre patrimoine culturel. Sinon, nous risquons d’assister à une véritable dépravation des mœurs liée à ce complexe d’infériorité », a conclu Patient Lufuluabo. ACP/

