Kinshasa, 09 février 2026 (ACP).- L’œuvre picturale « Palette chromatique » de Chéri Chérin, peintre congolais, a été qualifiée lundi par une critique d’art au cours d’un entretien, de registre moral où chaque couleur sert à illustrer et à analyser les réalités sociales de la République démocratique du Congo(RDC).
« La palette chromatique est stratégiquement expressive. Les verts dominants renvoient à la terre, aux ressources naturelles et à l’uniforme militaire, tandis que les jaunes et orangés suggèrent à la fois la valeur, l’avidité et l’alerte (…). Les rouges et roses incarnent la chair vulnérable, les foules déplacées, les victimes silencieuses. Le bleu, plus institutionnel, évoque la diplomatie, les accords feutrés, le langage froid des rapports officiels. Chaque couleur est un registre moral », a expliqué John Bongenya, un critique d’art congolais.
Pour lui, le foisonnement de figures soldats, enfants, femmes, travailleurs, réfugiés crée une narration circulaire où la violence armée, l’exploitation économique et la misère humaine se répandent sans hiérarchie.
« Le livre tenu au premier plan, symbole du savoir et de la vérité documentée, s’oppose tragiquement aux corps meurtris qui l’entourent : savoir ne suffit pas à sauver», a-t-il dit.
« Chéri Chérin signe ici une œuvre de mémoire et d’accusation. Il ne peint pas pour plaire mais pour révéler. Son art est un miroir cruel tendu au pouvoir, un cri visuel contre l’oubli, et un acte de résistance picturale où l’esthétique sert la conscience», a encore dit M. Bongenya.
Le critique d’art a en outre, qualifié cette œuvre magistrale de Maître Chéri Chérin comme une fresque politico-symbolique dense, presque saturée de sens, où la peinture devient un tribunal de l’histoire congolaise et mondiale.
« La composition est volontairement éclatée, fragmentée en scènes juxtaposées, traduisant un monde disloqué, pris entre décisions de puissants et souffrances des anonymes. Le centre de tension se situe dans l’échange visuel et gestuel entre deux figures centrales en costume sombre : l’une pointe du doigt, geste d’accusation ou d’injonction, l’autre présente une richesse minérale tenue comme une offrande empoisonnée », a conclu John Bongenya.
Né le 16 février 1955 et décédé le dimanche 18 octobre 2025, Chéri Chérin a abordé, dans ses œuvres, des thèmes plus larges et internationaux, comme l’environnement ou la fin de l’apartheid en Afrique du Sud.
Connu pour son goût de la satire politique et sociale, parfois grinçante, cet artiste peintre a laissé et formé plusieurs jeunes dans son atelier situé dans la commune de Ndjili, à l’Est de Kinshasa, capitale du pays, pour la pérennisation de son art. ACP/JF

