Kinshasa, 22 juillet 2026 (ACP)- La diversité des styles de la guitare congolaise a été présentée comme un élément fondamental à préserver pour garantir l’avenir et le rayonnement du patrimoine musical de la République démocratique du Congo (RDC), a fait savoir un archéologue musical mercredi à l’ACP.
« La guitare congolaise s’est toujours distinguée par la richesse de ses styles et par la personnalité de ses grands guitaristes. Préserver cette diversité est essentiel pour assurer l’avenir et le rayonnement de notre patrimoine musical », a déclaré Pytshens Kambilo, expert en guitare.
Selon lui, la guitare possède des caractéristiques qui lui confèrent une identité singulière, notamment le sebene, considéré comme une création propre à la musique congolaise, ainsi que le rôle de la guitare mi-solo, qui assure la transition entre la guitare d’accompagnement et la guitare solo.
« C’est cette combinaison entre le sebene, le rôle de la guitare mi-solo et la complémentarité des différentes guitares qui fait toute la richesse et la singularité de la guitare congolaise », a-t-il ajouté.
Évoquant son parcours, le musicien a confié avoir commencé sa carrière comme batteur dans une église avant de découvrir la guitare à l’âge de 15 ans, grâce au soutien de Willy Boukapa, responsable du groupe Génésareth, qui lui a offert sa première guitare.
« Mon premier professeur de guitare fut Deo Katembo, qui m’a transmis les bases et a éveillé en moi une véritable passion pour cet instrument », a-t-il indiqué.
Concernant son approche artistique, Kambilo a précisé que sa technique repose sur un équilibre entre les influences traditionnelles et modernes, avec une attention particulière portée à la dimension rythmique et à l’utilisation des cordes graves afin de produire une sonorité puissante et chaleureuse.
Abordant les défis auxquels sont confrontés les guitaristes, il a regretté le manque de reconnaissance dont souffrent les instrumentistes au sein de nombreux orchestres, où les chanteurs occupent souvent une place centrale.
« Dans beaucoup d’orchestres, il n’existe même pas de véritable salaire pour les musiciens. Les guitaristes, pourtant essentiels à la qualité musicale, souffrent de cette situation », a déploré l’archéologue musical.
Il a également évoqué les difficultés liées à la formation des jeunes musiciens, notamment le coût élevé des instruments et du matériel, ainsi que l’uniformisation des styles de jeu qui limite, selon lui, la créativité et l’émergence de nouvelles identités musicales.
Par ailleurs, il a rappelé que l’évolution de la guitare congolaise repose sur trois grandes écoles : Fiesta, fondée par le Dr Nico Kasanda, Odemba, créée par Franco Luambo Makiadi, et Zaïko, développée par Pepe Felly Manuaku.
« Chaque musicien doit apprendre des maîtres, mais aussi développer sa propre identité artistique. C’est en respectant la tradition tout en apportant sa personnalité que l’on contribue à faire évoluer la guitare congolaise », a-t-il conseillé.
La guitare occupe une place centrale dans la rumba congolaise, inscrite en 2021 sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO. Les styles développés par des guitaristes tels que le Dr Nico Kasanda, Franco Luambo Makiadi et Pepe Felly Manuaku ont fortement influencé plusieurs générations de musiciens en RDC et à travers l’Afrique. ACP/S A(SP) / MN

