Kinshasa, 4 octobre 2026 (ACP).- La musique congolaise, reconnue pour son rayonnement à travers le continent africain et au-delà, a été présentée comme un domaine où les dérives affectent une partie du milieu musical, par un analyste culturel suivi dimanche par l’ACP dans un forum.
« Derrière les paillettes et les dédicaces, un système qui broie ses propres créateurs contraste avec les difficultés rencontrées par certains de ses principaux acteurs », a déclaré Dary Abega.
Il a relevé notamment la place croissante des dédicaces, le rôle prépondérant des animateurs communément appelés ‘’Atalaku’’, ainsi que l’influence de certains ‘’mécènes ou bureaux’’ dans le fonctionnement des orchestres.
Pour l’analyste culturel, cette évolution s’accompagne d’une polarisation du milieu musical, marquée par des prises de position de certains chroniqueurs et commentateurs en faveur de différents leaders ou formations musicales.
Une musique au cœur des tensions
Dary Abega s’inquiète de la dimension communautaire que prennent certaines rivalités musicales.
Il a souhaité voir la musique constituer un facteur de cohésion et d’expression de l’identité culturelle congolaise, en contribuant à renforcer les clivages entre communautés, clans ou orchestres.
La source a appelé à une réflexion sur la responsabilité des différents acteurs du secteur afin de préserver la vocation culturelle et fédératrice de la musique congolaise.
Des conditions de travail dénoncées
L’analyse de Dary Abega met surtout en avant les conditions de travail de certains musiciens au sein des orchestres qui selon lui, des artistes sont soumis à des pratiques de gestion caractérisées par des humiliations, une rémunération irrégulière, voire l’absence de paiement.
Il a évoqué l’absence de contrats de travail et les difficultés liées à l’accès aux droits d’auteur et à une rémunération stable.
Il a dénoncé par ailleurs la présence, dans certains environnements musicaux, de personnes chargées d’assurer la sécurité des responsables d’orchestres, auxquelles il attribue des comportements violents envers certains musiciens.
Son analyse évoque également la consommation de cannabis et d’autres substances comme moyen, pour certains artistes, de supporter le rythme des répétitions et des prestations.
Les ambitions internationales en question
La recherche d’une carrière internationale, notamment l’obtention d’un visa permettant de se rendre en Europe, constitue également un aspect abordé dans l’analyse qui affirme que certains artistes seraient prêts à recourir à des pratiques mystiques ou occultes dans l’espoir de favoriser leur ascension professionnelle et leur départ vers l’étranger.
Ces affirmations, qui relèvent de son analyse du milieu musical, soulèvent plus largement la question des pressions auxquelles seraient confrontés de jeunes artistes à la recherche de reconnaissance et de meilleures opportunités professionnelles.
Pour une meilleure protection des acteurs
Au-delà des critiques, l’expert pose la question du partage des revenus générés par l’industrie musicale et de la protection des artistes.
« À qui profite la musique congolaise ? », s’est-il interrogé estimant qu’une réflexion devrait être engagée sur les mécanismes permettant aux musiciens, auteurs, compositeurs, interprètes et autres professionnels du secteur de bénéficier davantage des revenus liés à leurs créations.
Pour l’analyste culturel, l’enjeu consiste désormais à faire en sorte que le succès de la musique congolaise profite à l’ensemble de ses acteurs et s’accompagne d’une amélioration des conditions de travail, de la reconnaissance des droits des artistes et d’un environnement professionnel plus structuré.
ACP/Kayu.

