RDC : la peinture pour pérenniser la mémoire de la sape au quotidien  

Kinshasa, 20 septembre 2026 (ACP).- ‘‘La Sape, c’est le défi quotidien’’ est le thème d’une œuvre picturale créée par un peintre congolais pour pérenniser et transmettre la mémoire générationnelle des précurseurs de la ‘‘sapologie’’ (s’habiller avec élégance) en République démocratique du Congo (RDC), a révélé dimanche l’artiste lors d’une visite dans son atelier à Kinshasa.

« Le titre ‘‘La Sape, c’est le défi quotidien’’ traduit ainsi une volonté de préserver son identité et sa dignité malgré les difficultés de la vie. Ce tableau raconte le défi quotidien qui n’est pas seulement de bien s’habiller un jour particulier. Il est de maintenir cette volonté de se distinguer et de rester soi-même au quotidien», a expliqué Jean-Paul Mika, peintre contemporain.

A travers son œuvre, l’artiste a évoqué la nécessité de transmettre cette mémoire aux nouvelles générations, en mettant en exergue citant notamment l’héritage du feu chanteur Papa Wemba et tant d’autres adeptes de la société des artistes et personnes élégants (Sape) ayant contribué à faire vivre la culture de vestimentaire en Afrique.

«Sur le tableau, le personnage représente pour moi le temps qui passe, mais aussi la volonté de rester vivant dans son époque. Je voulais montrer quelqu’un qui a traversé plusieurs générations et qui continue, pourtant, à avoir l’énergie, l’attitude et l’envie de se présenter avec élégance», a dit le  peintre contemporain.

Pour lui, l’ambiguïté volontaire autour de l’âge du personnage permet de faire dialoguer plusieurs périodes de la Sape. « (…) Son visage porte les traces du temps tandis que son attitude conserve une certaine jeunesse. Je voulais que l’on puisse presque lire sa vie dans ses vêtements », a-t-il indiqué.

« Quand on regarde un homme qui a traversé plusieurs décennies, on comprend que son histoire ne se trouve pas uniquement dans son visage. Elle se trouve aussi dans ce qu’il a porté, dans ce qu’il a conservé et dans ce qu’il continue de porter», a ajouté l’artiste.

Une matière ordinaire transformée en mémoire

Toutefois, il a expliqué le choix du tissu du sac de farine de manioc utilisé à Kinshasa qui lui a permis de confectionner le pantalon du personnage illustré sur ce tableau.

« Vous comprenez que ce tissu du sac de la minoterie de Matadi (Midema) rappelle une matière issue de la vie quotidienne et porteuse d’une mémoire sociale. Ce qui m’intéresse dans cette transformation, c’est le passage d’un objet ordinaire à un objet qui attire le regard. On prend quelque chose qui appartient au quotidien et on lui donne une nouvelle valeur par l’imagination et par le travail», a déclaré Mika Nsimba.

Selon l’artiste, cette transformation renvoie également à la créativité qui caractérise la Sape, laquelle ne se limite pas à la possession de vêtements, mais réside aussi dans la manière de les porter, de les associer et de leur donner une personnalité.

La peinture pour raconter le passé et le présent

Par son inspiration surréaliste, le peintre a estimé que la peinture lui offre la possibilité d’aller au-delà de ce qu’une simple image peut montrer, en faisant cohabiter plusieurs périodes dans une même représentation.

«La photographie capture ce qui est devant l’objectif. Moi, avec la peinture, je peux aller chercher ce qui se trouve derrière le personnage», a-t-il fait savoir.

Pour Mika, les couleurs, les motifs, les accessoires et les différentes matières ont été pensés pour construire une silhouette expressive et cohérente, estimant que le détail participe pleinement à la personnalité du sapeur.

ACP/ SA (SP)

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