Kinshasa, 5 juillet 2026 (ACP).- Les œuvres du peintre Chéri Chérin de la République démocratique du Congo (RDC) témoignent d’un engagement en faveur de la mémoire politique, de la valorisation de la culture congolaise et de la transmission du patrimoine artistique africain, a déclaré l’analyste Warner Mubiala du critique d’art consulté dimanche par l’ACP.
« Chéri Chérin a utilisé son art pour raconter l’histoire du Congo, dénoncer certaines réalités politiques et transmettre la culture congolaise aux générations futures. À travers ses œuvres, il laisse un héritage important qui continuera d’inspirer les artistes africains », a analysé Warner Mubiala.

Selon ce critique d’art, plusieurs tableaux de Chéri Chérin abordent les grands enjeux politiques internationaux à travers des représentations de dirigeants et de peuples en quête de liberté.
Il a expliqué que certaines œuvres interrogent notamment les attentes suscitées en Afrique par l’élection de l’ancien président américain Barack Obama, tout en évoquant les interventions militaires menées durant son mandat.
Il a également relevé qu’une autre peinture représente plusieurs anciens dirigeants étrangers placés sur une balance inclinée en faveur des populations révoltées. « La balance symbolise le renversement des rapports de force où la peur change de camp et où le pouvoir revient au peuple », a-t-il expliqué.
Évoquant les œuvres consacrées à la culture congolaise, Warner Mubiala a estimé que Chéri Chérin met en lumière la place centrale de la musique, des concerts populaires, des ngandas et de la convivialité dans la société congolaise.
Le critique a indiqué qu’un tableau en noir et blanc illustre particulièrement cette réalité en montrant des musiciens, des couples dansant et des hommes élégamment vêtus, tout en faisant apparaître, à l’arrière-plan, des travailleurs transportant des marchandises à l’aide d’une charrette à bras.
« À travers cette composition, l’artiste semble questionner les stéréotypes qui réduisent souvent les Congolais aux sapeurs, danseurs ou ambianceurs, alors que le travail quotidien constitue également une dimension essentielle de leur identité », a-t-il dit.
Abordant la thématique de la SAPE, il a souligné que Chéri Chérin représente également des animaux vêtus avec élégance devant une forêt, une manière de rendre hommage à la fois à cette expression vestimentaire emblématique et au patrimoine naturel du bassin du Congo.
Pour M. Mubiala, l’artiste apparaît aussi comme un mentor ayant transmis à la jeune génération l’importance de raconter l’histoire africaine à travers le regard des Africains eux-mêmes afin de préserver leur mémoire collective.
Le critique d’art a enfin estimé que les autoportraits et les photographies présentés dans l’exposition retracent le parcours humain et artistique de Chéri Chérin, donnant l’impression d’un dernier témoignage laissé à la postérité.
« Comme il le disait lui-même : “Un artiste ne meurt jamais, il doit laisser des traces”. Aujourd’hui encore, ses œuvres témoignent de son engagement et de sa vision du monde », a-t-il conclu.
De son vrai nom Joseph Kinkonda, Chéri Chérin était une figure majeure de la peinture contemporaine en RDC.
Né en 1955 et décédé en 2025, il s’est distingué par des œuvres mêlant satire politique, critique sociale et valorisation de la culture congolaise. Son travail, largement exposé en Afrique et en Europe, demeure une référence de l’art contemporain africain. ACP/ SA (SP)

